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Il y aura des perdants et des gagnants dans la course à la rentabilisation des investissements pharaoniques dans l’IA.

La thématique de l’intelligence artificielle a été plus qu’omniprésente durant les cinq dernières années. « Je perçois parfois une certaine lassitude autour de ce sujet, ce qui est fondamentalement dommage car il s’agit d’un domaine qui reste toujours aussi intéressant et fascinant ». Pour avoir contribué à son développement au niveau universitaire depuis trente ans et avoir expérimenté diverses approches au sein d’Allianz Global Investors, Michael Heldmann (CIO Equity) pense que les progrès réalisés dans le domaine de l’IA et les opportunités futures sont « tout simplement extraordinaires ».

Applications

D’un point de vue financier, il estime que la thématique de l’IA n’est pas encore entrée dans une bulle spéculative avec un potentiel de développement qui reste important. Pendant longtemps, l’attention s’est principalement portée sur la mise en place de l’architecture (centres de données), des grands modèles de langage ((LLM pour Large Language Model), des algorithmes, etc. « Aujourd’hui, l’attention se porte de plus en plus sur les applications, sur la manière dont cet outil va être utilisé pour améliorer la productivité et résoudre des problèmes réels ».

Michael Heldmann souligne que l’investissement dans l’IA se résume actuellement à ce vieux débat qui se produit à chaque fois qu’un bouleversement technologique vient remettre en cause l’ordre établi. « Leur impact à court terme est souvent surestimé, ce qui peut conduire à des phases d’exagération dans les valorisations. Cependant, à plus long terme, les bouleversements sur la société sont généralement sous-estimés. Et c’est un peu la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement ».

Capacités contraintes

« Nous observons une forte prolifération de tâches où l’IA est capable de rivaliser avec les humains, que ce soit pour répondre de manière précise à des questions scientifiques ou pour des tâches dans le développement logiciel. Et rien n’indique à l’heure actuelle que le mouvement est appelé à se ralentir ». En comparant avec les bulles du passé, il estime que la situation actuelle comporte beaucoup de différences. « La principale différence réside dans le fait que nous constatons toujours une réelle limitation dans les capacités, avec une demande en GPU qui reste soutenue ».

« Par rapport à l’année dernière, nous nous en sommes toutefois un peu rapprochés d’une bulle spéculative. Le point d’interrogation majeur réside dans la difficulté à établir un scénario garantissant un retour sur investissement attractif pour l’ensemble du secteur, une fois tous les investissements agrégés. Au final, il y aura donc des gagnants et des perdants », estime Michael Heldmann. S’il faut toujours faire une place à la thématique de l’IA dans un portefeuille d’investissements, il faut le faire de manière intelligente en regardant au-delà du marché américain, notamment vers l’Asie.

Europe

Michael Heldmann ne peut d’ailleurs que constater que l’Europe reste globalement à la traîne par rapport aux deux autres grands blocs économiques, un phénomène qu’il qualifie d’« inquiétant ». Si les États-Unis dominent incontestablement le marché actuel, l’Asie gagne du terrain dans certains secteurs, et « l’Europe se situe au centre et ne participe pas beaucoup au développement des infrastructures et des LLM  ».

Cette faiblesse pourrait remettre en cause les avantages dont l’Europe dispose dans certains domaines. « La proximité avec la technologie fait souvent toute la différence pour déployer de nouvelles technologies. Je pense qu’il incombe aux responsables politiques européens d’éviter qu’un écart trop profond se creuse, car sera très difficile de le combler d’ici quelques années ». En particulier, il ne peut que constater que l’accès au capital-risque reste un problème profond en Europe. « Les introductions en bourse colossales, comme celles que nous observons aux Etats-Unis, sont impossibles en Europe ».

Gestion d’actifs

Par rapport à ses débuts dans la gestion de fonds, Michael Heldmann constate que la manière de travailler a fortement évolué, avec des processus internes qui se reposent de plus en plus sur l’analyse de données et l’utilisation des LLM. Cette approche s’est traduite par le développement de la gamme systématique Best Styles chez Allianz Global Investors. « Depuis 2008, nous avons commencé à intégrer l’IA dans la gestion de ces produits, et nous envisageons dans le futur de déployer ces outils sur l’ensemble de notre plateforme ».

Dans le domaine de la durabilité, Michael Heldmann indique ainsi avoir consenti des efforts « considérables » afin d’examiner les enjeux ESG au sein des entreprises grâce aux LLM, afin de parvenir à déceler plus rapidement une modification de leurs pratiques en matière de durabilité. « Le suivi et la détection des risques constituent un domaine très intéressant pour l’utilisation de l’IA, notamment lorsque nous n’avons pas une opinion tranchée sur une situation bien précise ».

Productivité

Les processus soutenus par l’IA reposent fondamentalement sur une analyse à grande échelle de tendances statistiques. « Les marchés financiers ne sont toutefois pas des systèmes classiques et simples. Ils évoluent quotidiennement avec des phénomènes très complexes qui interviennent simultanément », constate Michael Heldmann. « Une intervention humaine reste donc indispensable car il n’est pas possible de se fier uniquement aux outils statistiques pour investir ».

L’intégration des processus soutenus par l’IA va avoir un impact important sur la productivité des maisons de gestion. Il estime toutefois que cette approche n’aura pas un impact négatif sur l’emploi. « Il faut garder à l’esprit que la gestion active reste un secteur hautement concurrentiel. Lorsque nous discutons avec nos pairs et les consultants, il en ressort que la plupart des économies réalisées sont appelées à être réinvesties dans l’entreprise. Il s’agit donc d’utiliser les mêmes ressources en adoptant une approche différente ».

Frédéric Lejoint

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