Christopher Seilern, Senior Equity Analyst, Pictet Wealth Management.
Le leadership bien ancré des Etats-Unis en matière d’innovation technologique est en train de vaciller. La Chine, déjà en pointe dans l’électrification et les énergies propres, avance à pas de géant pour rattraper les Etats-Unis dans le domaine le plus en vogue de la tech, à savoir l’IA. La nation qui prendra le dessus en termes de suprématie pour l’IA pourra façonner le monde pour les décennies à venir.
Pour l’instant, il existe un risque bien réel de «découplage numérique» entre les Etats-Unis et la Chine, qui voient leurs alliés respectifs former des blocs autour de deux écosystèmes parallèles d’IA. Une telle rupture pourrait entraver l’innovation mondiale en freinant les collaborations. Mais une autre perspective se dessine, celle du statu quo: les Etats-Unis parviendraient à conserver leur leadership dans les composants de pointe et les modèles nouvelle génération, la Chine se contentant, pour l’heure, de la deuxième place. Un tel scénario ne manquerait pas d’entretenir les fortes tensions entre les deux pays. La dernière éventualité, la moins probable mais qui aurait des répercussions géopolitiques importantes, serait celle d’une Chine en tête, qui remettrait fondamentalement en cause la suprématie américaine dans l’IA. Ce scénario est d’ailleurs loin d’être impossible, au regard de la campagne résolue menée par Pékin en faveur de l’IA, qui inclut la création d’une industrie nationale de production de processeurs.
L’exemple d’Airbnb, géant de la location de courte durée, qui a délibérément choisi les modèles d’IA Qwen d’Alibaba pour la gestion de son service client, montre d’ailleurs bien que la Chine rattrape sans difficulté, voire dépasse, ses concurrents occidentaux.
Il y a d’ailleurs là une autre leçon à tirer du développement par la Chine de technologies de production d’énergies propres: en faisant très tôt de cet enjeu une priorité gouvernementale, le pays s’est assuré un leadership incontesté dans la quasi-totalité des segments de la transition énergétique. Aujourd’hui, elle fabrique ainsi 80% des panneaux solaires dans le monde et elle est également n° 1 mondial de la production d’éoliennes. Elle construit par ailleurs environ 70% des véhicules électriques dans le monde, tandis que 6 des 10 plus importants fabricants mondiaux de batteries sont chinois. S’ils relâchent leurs efforts ou ne mettent pas en œuvre les politiques industrielles nécessaires, les pays occidentaux risquent de perdre encore un peu plus la course à l’électrification.
Le grand découplage numérique
Quand la start-up chinoise d’IA DeepSeek a lancé en janvier 2025 un LLM (large language model) aux performances similaires à celui de son rival américain OpenAI, mais pour une puissance de calcul et un coût dérisoires, il ne s’agissait pas seulement du premier acte de la lutte entre les Etats-Unis et la Chine pour la suprématie en matière d’IA. Cette annonce a en réalité marqué le début d’une ère nouvelle, où les Etats vont devoir prendre des décisions radicales qui décideront de leur indépendance technologique, de leurs alliances politiques et de leur avenir économique.
Pour en savoir plus, retrouvez l’article complet ici.







