D’après l’analyse d’Anthony Bailly, Responsable de la Gestion Actions Européennes, Rothschild & Co Asset Management.
Alors que les marchés américains surfent sur la vague de l’intelligence artificielle, les marchés européens semblent aujourd’hui afficher un tout autre visage : celui d’une valorisation encore raisonnable, en amont du déploiement de vastes plans d’investissement publics susceptibles d’enclencher une dynamique vertueuse.
Des divergences transatlantiques marquées
Aux États-Unis, la valorisation des marchés boursiers s’envole, portée par l’optimisme autour de l’IA. Le S&P 500 a progressé de 8,2 % sur le troisième trimestre 2025 (en euros), tandis que le Nasdaq gagnait 11,5 %. De l’autre côté de l’Atlantique, la hausse est plus mesurée : +4,1 % pour l’Eurostoxx, mais bien plus homogène. Depuis le début de l’année, l’indice européen affiche toutefois une progression spectaculaire de 18,1 % contre seulement 1,1 % pour le S&P 500, aidée par un effet devise favorable.
La différence majeure reste la valorisation : 23 fois les bénéfices pour les actions américaines contre 14,9 fois pour les européennes. La concentration du marché américain, dominé par quelques géants technologiques, contraste avec la diversité des valeurs européennes où les dix plus grandes capitalisations ne représentent que 15,5 % des indices, contre 37,2 % aux États-Unis.
Des politiques monétaires contrastées
Le troisième trimestre a été marqué par un retour des tensions commerciales sous l’impulsion du président Trump, qui a imposé en moyenne 17,9 % de droits de douane. Paradoxalement, cette politique protectionniste n’a pas encore freiné la croissance mondiale : le FMI a même relevé sa prévision à +3,2 % pour 2025.
Aux États-Unis, la croissance a rebondi de 3 % au deuxième trimestre, tirée par la consommation et les exportations. Si l’inflation reste tenace, la Fed a amorcé une première baisse de taux en septembre, sous la pression politique de la Maison-Blanche. En Europe, la BCE a marqué une pause après huit baisses consécutives, sur fond d’inflation maîtrisée et d’incertitudes politiques, notamment en France.
Un potentiel de rattrapage pour l’Europe
Les perspectives économiques restent mitigées pour la zone euro, avec une croissance de 0,1 % au deuxième trimestre 2025. Mais un scénario plus optimiste se dessine à l’horizon 2026. Les analystes anticipent une hausse des bénéfices par action de 12,4 %, portée par le plan d’infrastructure allemand et l’augmentation des dépenses de défense. Ces investissements pourraient stimuler la productivité, restaurer la confiance des ménages et relancer la consommation, amorçant ainsi un « cercle vertueux » de croissance.
Pourtant, les économistes restent prudents, prévoyant une croissance stable autour de 1,1 % pour la zone euro en 2026. Les indicateurs avancés, comme les PMI manufacturiers proches de 50, laissent toutefois entrevoir une amélioration de la conjoncture.
Un risque politique, mais contenu
La France reste un point de vigilance, avec une instabilité politique persistante pouvant générer de la volatilité sur les marchés à court terme. Néanmoins, les fondamentaux budgétaires européens ne semblent pas menacés à moyen terme. Le véritable enjeu se situera lors de l’élection présidentielle de 2027. Outre-Atlantique, les dérives autoritaires de Donald Trump et son interventionnisme dans la nomination de postes clefs représentent également un risque institutionnel.
Conclusion : l’Europe à la croisée des chemins
Alors que les marchés américains tutoient les sommets, dopés par la technologie, l’Europe semble disposer d’un potentiel de rattrapage sous-estimé. Ses valorisations raisonnables et ses perspectives d’investissement public pourraient bien être les déclencheurs d’un nouveau cycle de croissance durable — si la stabilité politique et la confiance des ménages suivent.







