Skip to main content

La phase de domination budgétaire dans laquelle les économies développées entrent va fournir un terreau favorable aux actions. Les banques centrales n’ont plus d’autres choix que d’intervenir dans les marchés pour limiter la hausse des couts d’emprunt. « La baisse de la dette devient une utopie. La récession, la hausse de chômage ne sont plus acceptées et les interventions des banques centrales vont y veiller. » pointe dans son point de rentrée, le Conseiller en stratégie de Pictet AM, Christopher Dembik. La thématique centrale de domination budgétaire devient cruciale face à la difficulté de baisser le stock de dettes. Les actions de l’intelligence artificielles, environnementales à Wall Street mais aussi chinoises sont dans le bloc-notes d’achat de Pictet AM.

La domination budgétaire (déjà appliquée fin des années 40, début des années 50 aux Etats-Unis) va donner le ton, prenant la place de la domination monétaire de ces dernières années. Ainsi l’Etat peut continuer à se financer à des taux commodes. En économie, on parle de domination budgétaire lorsque la politique monétaire se met au service de la politique budgétaire pour éviter une crise d’endettement et garantir à l’Etat un refinancement à des taux abordables.

Les investisseurs sont cependant devenus un peu plus inquiets début septembre avec des rendements qui se sont soudainement envolés. Les Gilts longs anglais ont atteint leur plus haute rémunération depuis 1998, le rendement des OAT français à 30 ans continue de flirter avec son plus haut niveau depuis 2008, les titres des dettes d’Etat américains ont vu leur taux sur cette même maturité frôler le seuil symbolique de 5 %. Même au Japon, le taux du 30 ans a touché son plus haut niveau du siècle à plus de 3,16 %…Se dirige-t-on vers une accalmie ou les marchés entrent-ils dans l’œil cyclone ?

Surprenant, Christopher Dembik relativise cette situation sans en faire un sermon. Aussi surprenant, Christopher Dembik annonce que le niveau phénoménal de la dette est…du pain béni pour les marchés actions avec la main magique des banques centrales qui met entre parenthèses l’épée de Damoclès des problèmes de la dette publique et le besoin d’ajouter des liquidités dans l’économie, devenue une cible pour les banques centrales.

A cause des niveaux importants de la dette, les banques centrales n’ont plus beaucoup de choix. Celui d’intervenir pour limiter la hausse des taux d’emprunt est l’un d’entre eux. Le montant extravaguant de 7000 milliards de dollars en émissions nouvelles destinées à financer la dette du G10 et ira crescendo. D’une moyenne de dette publique dans le G10 d’environ 86 % en 2017/18, ce pourcentage est passé à plus de 100 % en 2024.

Politique accommodante

Déjà, plus de 68 % des banques centrales sont entrées dans une politique accommodante (baisse de taux). Un renversement par rapport aux autres cycles économiques. En effet, la baisse des taux était plutôt enclenchée pour éviter de basculer ou de s’extirper de la récession.

Face au mur de la dette, la FED, en cas de tension, va se porter acheteuse de bons du trésor. Evénement déjà vécu en mai/juin dernier. En effet, les rendements ont connu brusquement un pic de fièvre, alimentés par les ventes aussi subites qu’inattendues de bons du trésor d’institutions japonaises. Les marchés actions ont commencé à tanguer avant que la Fed intervienne en catimini en achetant des bons du trésor. Opération efficace qui a rétabli le calme dans le marché et a évité un emballement des rendements. « Une sorte de nationalisation du marché secondaire de la dette, » résume bien Christopher Dembik.

Stabelcoin… un chevalier blanc

Paradoxe ou anecdote ou illustration de ces bouleversements, les cryptos stablecoins contribueront à la… stabilité des bons du trésor américain.

Un autre soutien au marché de la dette américaine est une… cryptomonnaie, le stablecoin. Chaque dollar émis dans la cryptomonnaie doit être adossé à un achat de 1 $ de bon du trésor américain (loi Genius). Si l’écosystème cryptographique continue de se développer, la demande de stablecoins progressera, augmentant les achats de bons du trésor américain. En 2024, les émetteurs de stablecoin ont acheté la somme rondelette de 40 milliards de bons du trésor, le double des achats effectués par les institutions japonaises, parmi les principaux détenteurs de la dette américaine.

La récession, saison hivernale d’un cycle économique, en voie de disparition

Si le réchauffement climatique perturbe les saisons, un phénomène analogue semble se déclencher aussi en économie. Conséquence de cette vigilance accrue de la Fed, tout accident de crédit devient évitable ainsi que… le risque de récession. Car, par le passé, les récessions ont été souvent la conséquence d’un problème de crédit. « Les inquiétudes de récession américaine ne sont pas dans notre vision, » poursuit le stratège de Pictet AM qui ajoute : « Ce n’est peut-être pas totalement pertinent mais la dernière récession remonte à 16 ans, hors période covid. »

Poursuite de la glissade du dollar

Le dollar devrait continuer à glisser vers 1,20 fin 2025, même 1,30 en 2026 selon les spécialistes de Pictet AM. Cet ajustement rentre dans le contexte d’un dollar toujours surévalué malgré la correction de plus de 12 % contre euro cette année. Cependant, nul doute que le dollar conservera son rôle international selon Christopher Dembik : « on reste encore bien loin d’une remise en cause de ce statut du billet vert. »

Les tensions inflationnistes, conséquence du protectionnisme américain, existeront mais resteront éloignées d’un scénario hyper-inflationniste.

La Chine revient…

La politique de relance en Chine, tant du côté budgétaire que monétaire devient solide. Avec une impulsion du crédit qui a atteint son plus haut niveau depuis le boom post-Covid.

Un signal important observé par Christopher Dembik « Les fonds spéculatifs n’ont jamais acheté autant d’actions chinoises au mois de juillet. Le marché chinois retrouve de l’attrait. »

France cancre de l’Europe ?

Si l’Italie n’est plus le cancre de la classe Europe, la France est occupée à prendre sa place. La France est à présent proche de porter le bonnet d’âne avec une dette jugée aussi risquée que la dette italienne. En effet, le taux à 30 ans français s’est envolé au plus haut depuis la crise de la zone euro. Cependant, Christopher Dembik tempère cette vue noire de la situation française.

« La situation de la France n’est pas catastrophique. La demande de dette française reste bien soutenue dans le marché, les dernières adjudications l’attestent. Certes, les investisseurs étrangers exigent en prime un rendement un peu plus élevé. » Et la BCE jouera son rôle de protection en servant de dernier recours en cas de tensions fortes.

Historiquement, les périodes budgétaires sont des moments favorables à la hausse des actions, moins pour les obligations. Une surpondération des actions américaines, toujours dans l’intelligence artificielle mais aussi, avec la hausse de la demande d’électricité, dans les actions environnementales (plus particulièrement solaires), soutenues par des crédits d’impôt qui ont été prolongés. Tandis que les fonds monétaires vont perdre de leur attrait avec la baisse du loyer de l’argent et lâcher des flux qui conforteront la hausse des actions.

Vous avez dit bulle ?

Face aux records successifs du Nasdaq, certains craignent la formation d’une de bulle dans l’intelligence artificielle. Le stratège de Pictet AM réfute cette affirmation. Depuis novembre 2022, la croissance bénéficiaire des sept magnifiques qui s’est accompagné de fortes générations de cash, a grimpé en parallèle de leur cours de bourse. Tandis que l’innovation reste le cœur de ces entreprises de l‘IA. NVIDIA entretient une marge record dans ses ventes de 55 %…et poursuit des rachats (en hausse) d’actions grâce à sa forte génération de cash. La société reste la plus rentable devant Alphabet.

Sans mettre de côté le marché obligataire, la dette émergente en devises locales est pertinente, confortée par la baisse du dollar, une volatilité maitrisée. « Cette classe d’actif devient une très belle opportunité pour les années avenir, une solution face à l’anxiété de la dette élevée des pays développés, avec des rendements supérieurs à 7 % » conclut le stratège de Pictet AM. Et changement total de tendance. La dette est devenue plus un problème des pays du G10 alors que celle des pays émergents est de moitié moindre.

Daniel Pechon

Author Daniel Pechon

More posts by Daniel Pechon

Leave a Reply