Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management.
Zone euro
En ce début d’année, le marché procède à un nouvel ajustement de ses anticipations de politique monétaire à la lumière des dernières statistiques. En zone euro, la désinflation progresse plus rapidement qu’attendu, principalement en raison d’une demande domestique atone, tandis que le récent franchissement par l’EUR/USD du seuil situé à 1,20 contribue à alimenter les spéculations sur un assouplissement supplémentaire de la BCE. Après avoir longtemps considéré que le taux terminal se situait à 2%, le marché monétaire anticipe désormais une ultime baisse de 25 points de base à 1,75%. Ce n’est pas notre scénario.
- Certes, le taux de change effectif nominal de l’euro se situe proche de ses points hauts. Mais on sait que la BCE n’a pas pour habitude de réagir sous la pression. Selon nous, il faudrait que l’EUR/USD se stabilise durablement au-dessus de 1,22 pour qu’elle envisage une possible baisse des taux. Ce seuil paraît lointain. Sous l’effet de prises de bénéfices, l’EUR/USD évolue actuellement autour de 1,19.
- Une baisse du taux directeur ne se traduit pas automatiquement par une diminution du taux de change. Beaucoup d’autres paramètres entrent en compte : les flux, le positionnement des fonds spéculatifs, l’évolution de la balance commerciale, le risque géopolitique etc.
- L’intérêt macroéconomique d’une baisse du loyer de l’argent est limité dans un contexte où la liquidité est abondante et l’accès au crédit pour les entreprises et les particuliers aisé. Les taux directeurs n’ont aucune capacité à influer sur la demande qui reste le talon d’Achille de l’Union.
En conséquence, nous nous attendons à ce que la BCE adopte une position attentiste cette année, avec un taux directeur stable à 2% et n’opte pas pour une action préventive, contrairement aux anticipations du marché.
États-Unis
La nomination de Kevin Warsh en remplacement de Jerome Powell a ravivé les anticipations de marché autour d’un pivot monétaire plus agressif. Beaucoup d’investisseurs tablent désormais sur des baisses de taux de 50 points de base en une seule fois et une réduction du bilan de la banque centrale. Ces scénarios sont excessifs.
Par le passé, les tentatives de réduction du bilan ont systématiquement conduit à une hausse des taux longs. C’est un risque que la Fed ne peut pas se permettre de prendre cette année alors que le Trésor américain doit refinancer environ 1/3 de son stock total de dette. Cela conduirait à une envolée des taux et pousserait les États-Unis dans une spirale de la dette difficilement contrôlable. Si une réduction du bilan doit être envisagée, ce sera sûrement à partir de 2027 ou ultérieurement. Quant aux baisses de taux massives, c’est également peu probable. Le fonctionnement collégial du FOMC fait que son président a une voix importante, mais pas décisive. Au sein du FOMC, seul un autre membre est sur la même longueur d’onde. C’est loin d’être suffisant pour obtenir la majorité de 7 votes. Nous tablons toujours sur deux baisses de taux de 25 points de base chacune ce semestre, avec un début en mars.







