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« Acheter une forêt sur pied peut-être plus cher que d’acheter une action en bourse »

Le ralentissement de la construction aux Etats-Unis et les derniers droits de douane ont fini par expédier le secteur du bois au tapis en bourse. Le bois reste un investissement durable, capable de traverser les générations, une stratégie séduisante face aux changements climatiques, un investissement de valeur et de rendement, et un attrait supplémentaire aujourd’hui, celui de valorisations faibles.

La forêt joue un rôle crucial pour l’accumulation de CO2, une stratégie durable, un investissement assez unique. Mais en bourse, depuis trois ans, le thème patine alors que les indices à Wall Street ont battu des records à la pelle (une majorité des valeurs du secteur « timber » sont cotées outre-Atlantique). Pour la période de mai 2022 à mai 2025, le thème de l’investissement dans le bois affiche une baisse cumulée d’environ15 % si on se réfère à l’Ishares Global Timber & Forestry Ucits ETF Wood, avec une année 2023 qui a été une parenthèse en étant un peu plus potable. Alors que le S&P 500 a bondi de près de 40 %….

Pourtant, l’investissement peut s’avérer être un thème radieux en performance comme après la crise 2008. Le fonds Pictet Timber, seul fonds géré dans cette thématique, lancé en 2008 en pleine crise, a connu de belles années avec une hausse régulière. La VNI du fonds a triplé en un peu moins de treize ans (de 2008 à 2021). Mais depuis 2022, la performance marche à reculons. Tout le secteur de la forêt est délaissé, abandonné, oublié par les investisseurs…avec la conséquence de valorisations tombées à leur plus bas historique. Si bien, que le dernier plus haut effectué par l’Ishare Global Timber and Forest Ucits ETF Wood date de mai 2022, il y a belle lurette…

« Les valorisations sont tombées au niveau de celles connues en 2008, lors de la grande crise des subprimes, et même encore plus bas pour certaines d’entre elles. Aujourd’hui, ces actions sont uniquement regardées comme producteur de bois, » explique Christophe Butz, fondateur du fonds Pictet Timber.

C’est moins cher d’acheter une forêt en bourse…

Même le nouvel aspect et potentiel de placer des éoliennes ou des champs de capteurs solaires dans ses immenses étendues n’est pas pris en considération. Certaines entreprises sylvicoles détenues dans le fonds Picter Timber, détentrices quelques fois de milliers d’hectares, sont valorisées (net asset value) actuellement avec un discount de 30 à 50 % de la seule valeur des forêts dont elles sont propriétaires (par rapport au marché du private equity). En d’autres mots, il faudrait payer les actions de Weyerhaueser, Rayonier, ou Potlatchdeltic 1,5 fois plus cher si leurs actifs « forêt » était valorisé à 100 %. Ce serait même deux fois plus pour Acadian…Inversement, acheter une de ces forêts réellement couterait 1,5 à 2 fois plus cher…

Pourtant, ces entreprises, propriétaires forestières, combine une exploitation liée à la forêt, au bois, oubliée dans la valorisation actuelle. Investir dans l’ensemble du secteur forestier, comprend les exploitations de terres forestières, depuis la plantation d’arbres et de forêts jusqu’à la transformation du bois pour répondre aux besoins de la construction, de l’industrie et des particuliers, « Acheter une forêt sur pied est plus cher que d’acheter une action de ces exploitants forestiers, » raconte Christophe Butz.

Raisons de la sous-performance

Cette sous-performance peut s’expliquer par la nature de ses actions. Ce secteur est doublement puni, car elles sont des actions « value » (à l’opposé des valeurs de croissances) et ensuite parce que ces actions sylvicoles sont souvent des petites/moyennes capitalisations. Deux familles d’investissement peu regardées et favorisées ces dernières années. Finalement, c’est comme si ces trois dernières années, les arbres avaient arrêté de pousser dans les forêts de ces propriétaires des actions cotées en bourse.

Une autre raison à cette sous-performance criante, réside aussi probablement à l’enthousiasme qui entoure l’IA, effaçant pratiquement des tablettes les thèmes peu « sexy » comme celui de la forêt dans les idées de placement. L’idée d’investir dans le thème de la forêt a passé de mode et est glissé par les investisseurs sous le tapis. Conséquence, l’écart de performance entre le marché et le secteur « timber » s’est sensiblement agrandi et l’élastique a été rarement aussi tendu, affirme Christophe Butz.

La forêt reste un investissement noble. Le bois est une ressource extrêmement polyvalente. Il constitue un excellent matériau de construction et sert aussi de base à une grande variété de produits d’emballage, d’hygiène et de chauffage. Les arbres jouent un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique en absorbant et fixant le carbone. Les forêts gérées de manière durable permettent de protéger les sols et les sources d’eau, mais aussi de favoriser la biodiversité.

Le dernier rebond a affiché près de 90 % de hausse

Christophe Butz est confiant : « la bonne chose, c’est que le marché change. En général, ce thème tend à surperformer justement quand cette différente entre les actions de croissance et de value atteint des niveaux excessifs comme ceux observés actuellement. La toute dernière fois qu’un tel écartement se situe juste après la pandémie en 2020. Et de mai 2020 à mai 2022, l’ETF avait rebondi en ligne droite d’environ 90 % (dont plus de 70 % réalisé en un an, dès mai 2021).

Les entreprises du top10 du fonds Pictet Timber expriment totalement l’investissement. Les trois premières sont des grands propriétaires forestiers (Weyerhaeuser, Rayonier, Potlatchdeltic), tous situés en Amérique du Nord. Autre pondération importante et vedette du fonds, la suédoise Svenska Cellulosa, propriétaire de 2,7 millions d’actifs forestiers exploités en Suède et dans les pays baltes, spécialisé dans la production et la commercialisation de papiers et de bois.

Ce fonds est principalement axé sur l’économie réelle et plus de 20 % des valeurs ont des valorisations boursières inférieures aux actifs réels/ valeurs de liquidation. A noter encore que le fonds Pictet Timber est beaucoup plus axé sur la propriété de la forêt sous-jacente et la chaine de valeur du bois que l’ETF S&P Global Timber and Forestry plus axé sur le papier (supérieur à 20 % en poids).

Les exploitations forestières gérées de manière durable représentent le premier segment d’investissement du fonds. La stratégie investit dans l’ensemble de la filière bois : produits dérivés du bois, cartons d’emballage, construction bois, produits d’hygiène, etc… Le fonds est surexposé à l’Amérique du Nord (environ 60 % aux États-Unis et au Canada) et à l’Europe du Nord (environ 15 % en Finlande et Suède).

Au total, le portefeuille du très original fonds Pictet Timber (Pictet AM) peut ainsi se targuer d’avoir une empreinte carbone non seulement nulle, mais négative. Attention ! Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le fonds présente une volatilité supérieure à son indice de référence, le MSCI ACWI.

Daniel Pechon

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