Alexis Bienvenu, Gérant, LFDE.
Le PIB mondial progresse depuis des décennies. Mais le monde s’enrichit-il pour autant ? Le PIB mesure un flux annuel de production, non l’évolution exhaustive du patrimoine planétaire. Il comptabilise les biens et les services créés, sans déduire pleinement l’épuisement des ressources ni la dégradation des écosystèmes.
Pour apprécier l’enrichissement véritable, il faut donc élargir le bilan. La richesse d’une société ne repose pas seulement sur son capital produit, ses infrastructures et ses équipements. Elle comprend également son capital humain, notamment la santé et les compétences, et son capital naturel, formé par les ressources, les écosystèmes et les services qu’ils rendent.
Sous cet angle, le diagnostic est nettement moins favorable. Selon The Economics of Biodiversity, rapport publié [1] pour le Trésor britannique, le capital produit par habitant a doublé dans le monde entre 1992 et 2014 et le capital humain a progressé d’environ 13%. Mais dans le même temps, le capital naturel par habitant a reculé de près de 40%. Cette dépréciation contribue à former ce que l’on peut qualifier de passif environnemental implicite : un ensemble de dégradations, de risques et de coûts futurs encore absents des comptes.
Pour infléchir cette évolution, les États ont adopté en 2022 le cadre mondial de Kunming-Montréal, qui fixe 23 cibles de protection, de restauration et de financement de la biodiversité. La COP17 sur la diversité biologique, organisée à Erevan en octobre 2026, dressera le premier bilan collectif de leur mise en œuvre. La question financière y sera centrale, le cadre vise à mobiliser au moins 200 milliards de dollars par an d’ici 2030, toutes sources confondues.
Mais une autre dynamique, plus discrète mais potentiellement plus profonde, pourrait se dessiner : le processus engagé par les COP biodiversité peut favoriser l’entrée progressive de la nature dans l’appréciation de la richesse nationale. Pour mesurer les résultats de Kunming-Montréal, les États doivent en effet produire des données régulières sur leurs écosystèmes, en s’appuyant notamment sur le Système de comptabilité économique et environnementale des Nations unies, le SEEA. Cette exigence devrait inciter les instituts statistiques à développer des comptes environnementaux plus réguliers et plus robustes. La transformation d’une zone humide en ensemble immobilier pourrait alors être évaluée non seulement à travers la valeur des bâtiments construits mais aussi au regard de la perte de capacité de stockage de l’eau, de protection contre les crues et de biodiversité.
La COP17 ne révolutionnera pas la comptabilité mondiale. Mais en favorisant le développement de comptes environnementaux complémentaires, elle pourrait contribuer à combler l’un de ses principaux angles morts. À terme, la prospérité ne devrait plus être évaluée au regard des actifs économiques créés et du patrimoine naturel transmis. Savoir si le monde s’enrichit lorsque le PIB augmente devrait alors enfin recevoir une réponse.
Cette nouvelle conception de la richesse transforme déjà la gestion d’actifs. À La Financière de l’Échiquier, certains fonds n’analysent pas seulement les entreprises à l’aune de leur performance financière, mais aussi de leur contribution aux Objectifs de développement durable des Nations unies. Echiquier Positive Impact Europe incarne cette ambition : rechercher la performance en investissant dans des entreprises contribuant à préserver ou à enrichir le patrimoine collectif.
[1] En 2021 par l’économiste Partha Dasgupta







