Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management.
Ce n’est pas passé inaperçu. Les spreads sur le high yield européen explosent. En un mois, ils ont augmenté de 99 points de base pour le secteur des matériaux de construction (et même +716 points de base pour les entreprises notées triple C), de 92 points de base pour la consommation, de 84 points de base pour la santé etc*. Seuls trois secteurs échappent aux tensions : la finance, les nouvelles technologies et les hydrocarbures. La résilience des sociétés technologiques s’explique par des bilans solides et une faible dépendance au cycle économique.
Faut-il paniquer ? Pas pour l’instant. Le « risk premium » sur l’ensemble du marché est de 250 points de base. C’est beaucoup. Mais nous ne sommes pas en zone de danger. Le stress observé est encore très sélectif, touchant surtout les secteurs les plus soumis à l’évolution des taux directeurs et à l’énergie. Le marché anticipe un début de détérioration du cycle du crédit qui va de pair avec une hausse possible des faillites, surtout pour les compartiments les plus mal notés. Il est probable que les spreads continuent de s’écarter encore dans les semaines à venir, surtout en raison des incertitudes soulevées par le conflit.
Quelle va être la prochaine étape ? Les analystes vont revoir à la hausse leurs prévisions de défaut et les pertes attendues. Ce sera important pour avoir une vision plus complète des risques. Mais, évidemment, tout va dépendre du dénouement du conflit au Moyen-Orient.
À surveiller
Les statistiques prévues cette semaine, comme l’inflation en zone euro et les ventes au détail américaines, renvoient à un monde qui n’existe plus. Il faudra attendre les publications du mois d’avril pour avoir une meilleure visibilité concernant l’impact économique de la guerre en Iran. Pour l’instant, même les indicateurs à haute fréquence, qui ont connu leur heure de gloire pendant la pandémie, sont d’une faible utilité. Nous naviguons à vue. En revanche, il faudra être vigilant concernant les soubresauts du marché obligataire souverain. En période de hausse du risque géopolitique, le taux de rendement des obligations souveraines a tendance à baisser car elles sont considérées comme des valeurs refuge. C’est le contraire qui est en train de se produire. Pourquoi ? Les marchés anticipent une hausse de l’inflation et envoient surtout le message aux gouvernants qu’un nouveau « quoi qu’il en coûte » n’est désormais plus possible.
Vous ne l’avez pas lu dans la presse
Bonne nouvelle pour les amateurs de chocolat : la crise du cacao semble désormais derrière nous. La tonne de cacao s’échange aujourd’hui autour de 2 900 dollars, contre près de 5 200 dollars en novembre 2025**. En l’espace d’un an, cela représente une baisse spectaculaire d’environ 70% ! Comment l’expliquer ? Amélioration des conditions de production en Afrique de l’Ouest, région qui concentre l’essentiel de la production mondiale, et reprise des arrivées de fèves en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao.
*Données Bloomberg en date du 25 mars 2026.
**Boursorama, 25 mars 2026.







