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Emmanuel Petit, Associé-Gérant, Responsable de la Gestion Obligataire; Julien Boy, Gestionnaire Obligataire Spécialisation : Emprunts d’États & Inflation et Samuel Gruen, Gestionnaire Obligataire Spécialisation : Valeur Relative Rothschild & Co Asset Management.

Alors que les marchés actions continuent de capter l’attention, les marchés obligataires traversent une phase charnière marquée par la désynchronisation des politiques monétaires et la montée de nouveaux risques économiques et politiques. Dans sa stratégie trimestrielle d’octobre 2025, Rothschild & Co dresse un constat nuancé : les États-Unis s’enlisent dans les incertitudes tandis que l’Europe entrevoit les premiers signes d’un redémarrage.

Des politiques monétaires à contretemps

Les grandes banques centrales évoluent désormais à des rythmes divergents. Aux États-Unis, la Réserve fédérale a relancé en septembre un cycle de baisse des taux après neuf mois de statu quo. Deux nouvelles réductions sont attendues d’ici la fin de l’année. L’institution tente un exercice d’équilibre entre la lutte contre une inflation persistante au-dessus de 2 % et le soutien à l’emploi, alors que le taux de chômage est passé de 3,4 % à 4,3 % en un an.

Mais la politique économique de l’administration Trump brouille les cartes : la loi budgétaire « One Big Beautiful Bill », dont les effets sont attendus en 2026, pourrait stimuler l’investissement mais peser sur la consommation des ménages en raison du renchérissement des importations. S’y ajoute un « shutdown » budgétaire paralysant une partie de l’administration fédérale et suspendant la publication des statistiques clés, rendant la lecture de la conjoncture encore plus complexe.

En Europe, la Banque centrale européenne (BCE) a mis fin à son cycle d’assouplissement monétaire. Avec une inflation stabilisée autour de 2 %, elle peut désormais observer l’effet des plans de relance, notamment en Allemagne, dont le stimulus pourrait ajouter entre 0,4 % et 0,8 % à la croissance d’ici 2029. Mais la visibilité reste fragile, surtout en France, où le spread OAT-Bund a dépassé les 85 points de base début octobre, signe d’un regain d’incertitude politique à l’approche des élections de 2027.

Les signaux faibles du crédit

Les récents épisodes de faillite – notamment celle de Braskem dans la chimie brésilienne et de First Brands aux États-Unis – mettent en lumière la fragilité du marché du crédit à haut rendement et de la dette privée. Les investisseurs se montrent plus sélectifs, écartant les émetteurs les plus risqués (notes B- et CCC) et les secteurs cycliques comme la chimie.

Si les marchés Investment Grade continuent de bénéficier de rendements attractifs, les tensions dans le secteur bancaire régional américain – illustrées par la perte de 50 millions de dollars de Zion Bancorp – rappellent la nécessité de prudence. Pour l’heure, aucune contagion systémique n’est redoutée, grâce à des fondamentaux solides et à une meilleure transparence du marché obligataire.

Agilité et sélectivité : les maîtres-mots de la gestion obligataire

Dans cet environnement incertain, la flexibilité de gestion devient essentielle. Rothschild & Co privilégie le crédit européen Investment Grade, notamment sur des maturités de trois à sept ans et dans les secteurs défensifs. Les titres subordonnés financiers, bien que plus volatils, offrent des rendements attrayants. Dans le haut rendement, l’accent est mis sur les émetteurs notés BB et sur une forte discipline de sélection.

Les gérants insistent sur la nécessité de combiner vigilance et agilité, afin d’ajuster rapidement les expositions face aux évolutions macroéconomiques. Préserver la qualité du crédit et le rendement (« carry ») reste la priorité, tout en maintenant des couvertures prudentes pour absorber la volatilité.

En résumé, dans un monde où les banques centrales avancent en ordre dispersé et où les signaux de fragilité se multiplient, les obligations demeurent un terrain exigeant mais riche d’opportunités pour les investisseurs capables d’allier sang-froid et sélectivité.

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