Acheter la baisse des marchés, c’est-à-dire ‘buy the dip’ est devenu le nouveau mantra des investisseurs particuliers aux Etats-Unis. L’influence des achats en bourse des ménages est de plus en plus forte, révèle David Kruk (LFDE). Le flux d’investissement quotidien a été multiplié par plus de cinq depuis 2020, selon les données de Vanda Research.

D’autres chiffres confirment l’influence croissante des investisseurs individuels. Citadel Securities’ Scott Rubner a noté que l’activité parmi les traders particuliers a atteint un record pour janvier, avec des entrées nettes d’actions dépassant 350 millions de dollars et de 300 millions dans les dérivés.
Le S&P 500 a enregistré une hausse de 1,4 % au cours de ce premier mois de 2026, les investisseurs particuliers, fidèles à leurs stratégies, ont continué d’appliquer leur technique gagnante de 2025 : acheter les creux, imperturbables face aux craintes géopolitiques, économiques et commerciales. Tandis que de nombreuses baisses intra journalières ont été mise à profit.
David Kruk, responsable du trading desk, et Pierre Puybasset, porte-parole de la gestion de LFDE, observent ce phénomène. Les deux spécialistes ont notamment évoqué lors de leur rendez-vous mensuel l’évolution des marchés, une première analyse de ce début d’année et des perspectives.
Les marchés sont restés résilients en janvier malgré une cascade de stress géopolitiques : Venezuela, Groenland, Iran. Donald Trump était à l’initiative. Cependant, David Kruk analyse et relativise le comportement du président américain. « C’est un classique. Trump part d’une position dure et maximale. Il agresse avant de créer du levier et négocier. Le marché commence à avoir l’habitude, » explique le responsable du trading desk de LFDE.
Aux événements de janvier, et pour être complet, il faut ajouter le chapitre des cartes de crédit (avec la volonté de plafonner temporairement à 10 % les taux débiteurs), l’inconnue sur la légalité des droits de douane, et la nomination du futur patron de la Fed avec l’indépendance de la Fed en pointillé et la destitution de Lisa Cook. Welcome en 2026…
« Ces éléments ont, finalement, eu peu d’impact sur les marchés qui finissent en hausse de 2 à 3 % dans l’euphorie mais pas dans l’hystérie. » souligne David Kruk.
Trop d’optimisme ?
Mais quelque chose pourrait interroger, selon David Kruk et Pierre Puybasset : le positionnement des opérateurs. En effet la dernière enquête du ‘Fund manager survey’ édité par la Bofa, qui récolte l’avis de 300 asset managers, révèle un positionnement haussier, peut-être excessif, dans le marché. Cette enquête évoque l’optimisme le plus élevé depuis 2021 sur la croissance américaine et des bénéfices des entreprises, le plus haut niveau de risque depuis quatre années dans les portefeuilles et des couvertures au plus bas depuis huit ans. Tandis que le niveau de cash toujours dans les portefeuilles avoisine les 3 %, un des plus faibles.
Cette enquête met aussi en lumière une surpondération au plus haut sur les matières premières depuis 2022. Enfin, en Europe, 95 pourcents des sondés pensent que les marchés seront plus hauts dans12 mois.
« C’est la naissance d’une crainte qui pourrait se traduire par une correction, d’environ 5 % selon moi » estime David Kruk.
Autre fait de ce début d’année, le mouvement des taux, venu du Japon. L’obligation nippone à 40 ans vient de dépasser les 4 %, une première en près de 40 ans. Cette fièvre a poussé le rendement de l’US Treasury à 4,30 %, soit une hausse d’environ 0,2 %. Une progression supplémentaire des taux pourrait devenir problématique estiment les deux experts de LFDE.
Autre constat, certains investisseurs réduisent leurs positions actions sur le marché américain. A l’image du fonds souverain norvégien qui a annoncé avoir abaissé ses pondérations sur toutes les valeurs technologiques américaines détenues en portefeuille. Tandis que le QQQ l’ETF du Nasdaq 100 le plus échangé, a accusé des sorties d’environ 6,6 milliards en janvier selon David Kruk.
Les ménages américains encore plus acheteurs ?
Mais ce n’est pas le cas des investisseurs particuliers américains qui imperturbables, continuent d’investir en actions, mettant à profit chaque baisse du marché. Ils sont restés gros acheteurs, comptabilisant même plus de 13 milliards d’achat lors d’une semaine de janvier selon David Kruk qui ajoute : « Chaque ménage recevra, entre fin janvier et fin mars, la manne d’un remboursement d’impôt – à la suite d’un trop perçu – de 2000 $ en moyenne, soit un total de 426 milliards à l’échelle des Etats-Unis. Cela représente un accroissement de 16 % par rapport à 2025. »
La macro reste sur les rails
Tandis que l’économie américaine reste en bonne forme avec un PNB qui atteint plus de 4 % de croissance. En Europe, la dernière publication en hausse des PMI (Purchasing Manager Index) traduit l’optimisme des directeurs d’achats européens pour les prochains mois.
Les bénéfices des entreprises américaines continueront d’être porteurs en 2026, avec des progressions estimées autour de 15 %, de 6 à 8 % pour les entreprises européennes.
En ce début d’année, la hausse des actions semble plus large et tend à s’étendre aux différentes couches du marché avec un RUSSEL plébiscité. L’indice des petites valeurs américaines enregistre son meilleur départ de l’année depuis 1996. Un signal selon David Kruk pour accroître la diversification.
Les rachats d’actions par les entreprises reprendront progressivement Outre- Atlantique avec la fin de la publication des résultats des entreprises américaines (les entreprises américaines doivent stopper leurs rachats dans cette période de publication). A noter aussi le retour des M&A.
Si le discours du patron de TSMC a été positif en janvier, il sera tout aussi important de disséquer celui de NVIDIA sur l’état économique de l’intelligence artificielle lors de la publication de ses résultats le 25 février.
A noter encore que la publication des résultats du 4e trimestre sortent de manière satisfaisante, même si quelques bonnes publications échouent, quelques fois, à faire progresser le cours.
Avec la présence soutenue des investisseurs particuliers qui ne faiblit pas, David Kruk reste optimiste et continue de parier sur une hausse euphorique en février. Mais pas hystérique, comme il aime le rappeler.







