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Mélange d’anxiété, de lassitude et d’exaspération, une « green fatigue » s’est installée alors que la terre se réchauffe plus vite que jamais. Mais en massacrant les valeurs d’énergie renouvelable après l’élection de Trump, le marché s’est probablement trompé lourdement. Les investisseurs se sont défait massivement des valeurs d’énergie renouvelable en début d’année, leurs valorisations tombant à un niveau historiquement bas. Depuis, un rebond a pris place avec l’évidence que l’intelligence artificielle est étroitement liée aux énergies renouvelables… L’énergie renouvelable étant devenue moins chère que les énergies fossiles dans la majorité des régions du monde, une logique économique forte et l’augmentation de la demande en électricité liée à l’IA implique un futur de plus en plus attrayant pour les énergies renouvelables.

« Du jamais vu en 25 ans »

Malgré l’élection de Donald Trump et sa propension à favoriser les énergies fossiles, la transition énergétique entre dans une nouvelle phase. La demande d’énergie renouvelable abordable et efficace est en train de s’accélérer. « Une planète plus verte c’est une planète qui a besoin d’une part de plus d’électricité provenant de sources plus propres et de solutions plus économes en énergie, » explique Xavier Chollet, gérant de la stratégie Clean Energy Transition de Pictet AM.

L’explosion du nombre de data centers, très gourmands en énergie pour alimenter les processeurs IA mais aussi les refroidir, , est un véritable point d’inflexion de la demande d’électricité et propulse ainsi la demande pour des sources d’énergie renouvelable.

Beaucoup de solutions ont été pensées, imaginées et même testées, comme expédier ces data centers dans l’espace où la température est glaciale. Autre tentative, Microsoft s’est essayé à l’immersion de data centers dans les profondeurs maritimes, où l’eau est plus froide, mais les coûts élevés et des incidences écologiques ont stoppé l’aventure. En Suisse, la construction d’un data center sous les fondations d’un quartier d’immeubles en construction est testée, avec pour but d’utiliser la chaleur de ces derniers afin chauffer les logements. La recherche de solutions hétéroclites met en évidence un problème qui risque de devenir massif.

La demande en électricité s’envole

Alors que la croissance de l’IA exige des data centers dédiés de plus en plus puissants – et en conséquence consommant de plus en plus d’électricité – la demande enélectricité s’accélère avec une croissance multipliée par quatre par rapport à celle des 25 dernières années… L’électricité consommée par les centres de données aux États-Unis représentait environ 2 % de la consommation totale en 2018 mais pourrait atteindre 12 % en 2028 et 50 % en 2040 si l’on continuait à ce rythme, ce qui bien-sûr serait irréalisable. Cette problématique amène ainsi un accent inédit sur l’efficacité énergétique dans les solutions technologiques pour l’IA, telles que les semi-conducteurs, dans le but de freiner un tant soit peu l’envolée de la demande en électricité.

Si cette accélération est principalement portée par la multiplication des centres de données au service de l’IA, elle trouve aussi sa source dans l’électrification massive de l’économie, avec l’adoption croissante des véhicules électriques, la relocalisation des industries stratégiques en occident, etc.

Le président Donald Trump s’est montré ouvertement hostile aux énergies renouvelables, qualifiant les fermes solaires « d’affreuses comme l’enfer » lors d’une récente interview accordée à Fox News.

La grande loi de politique intérieure de M. Trump a tenté de supprimer une partie du soutien fédéral à la transition vers les énergies renouvelables et vise à stimuler la production de combustibles fossiles, provoquant une chute en bourse de tout le secteur des énergies renouvelables, vendu aveuglément par ses investisseurs devenus subitement, à tort, pessimistes.

Mais malgré cette scotomisation, et à l’étonnement de nombreux observateurs, les énergies renouvelables trônent dans la liste des premiers choix lorsqu’il s’agit de construire une nouvelle centrale de production d’électricité, puisque c’est la solution la moins chère et la plus rapide à mettre en œuvre. Car la réalité est différente à ce que souhaite le camp Trump. Le manque d’électricité risque même de devenir le principal obstacle à l’expansion de l’IA. La demande en électricité explose. L’enjeu est d’ajouter de nouvelles capacités au plus vite.

Les centrales à charbon continuent d’être fermées tandis que le temps de construction et de mise en service d’une centrale nucléaire est de 10 ans, celui d’une centrale à gaz de 5 ans, mais il faut aussi prendre en compte la pénurie de turbine à gaz, Une nouvelle commande aujourd’hui implique une livraison à fin 2029 spécifie Xavier Chollet. Or dans les énergies renouvelables, l’installation de panneaux solaires ou la construction d’éoliennes peuvent se faire en une douzaine de mois seulement. Une réalité qui doit heurter la sensibilité des supporters des énergies fossiles outre-Atlantique car plus de 90 % des nouveaux projets et demandes de connexion au réseau électrique américain prennent actuellement la route des renouvelables.

L’enjeu des prochaines années va être de sécuriser l’accès à ces énergies renouvelables, mais aussi d’augmenter l’efficacité énergétique avec des systèmes économes (comme par exemple des processeurs pour l’IA conçus par Broadcom ou Marvell Technology ). « Personnellement, au cours de mes 25 ans de carrière, je n’ai jamais vécu une telle situation. La croissance de l’IA amène une innovation technologique historique dans le monde des semi-conducteurs et la quête d’efficacité énergétique, et l’accélération de notre demande en électricité implique une accélération de la croissance dans le monde des renouvelables.» affirme Xavier Chollet.

Des coûts qui font à présent concurrence

Les raisons sont aussi économiques. Les constructions de nouvelles centrales éoliennes ou solaires ont des coûts nettement inférieurs à ceux pratiqués sur les centrales nucléaires ou que ceux d’une nouvelle centrale à gaz. L’exemple américain n’est pas flatteur pour les Etats-Unis car si le solaire est deux fois plus cher qu’en Europe et le gaz de schiste nettement moins onéreux, l’avantage tourne désormais favorablement à l’éolienne ou au solaire raconte Xavier Chollet qui poursuit :

« Problème, le solaire ne produit pas d’énergie la nuit contrairement aux centrales nucléaires ou au gaz. Mais des batteries, à l’efficacité croissante, vont permettre progressivement de suppléer à cet inconvénient. »

Confirmant cette tendance, l’IEA (agence internationale pour l’énergie) a calculé et estime, dans la période courant de 2023 à 2026, que 90 % des nouveaux projets de génération d’électricité seront de source renouvelable.

De l’urticaire

Même si Trump manifeste une aversion pour tout ce qui touche à l’énergie renouvelable, aucun président ne peut aller contre une logique économique.

Paradoxe, durant le premier mandat de Trump, le secteur des énergies renouvelables a quadruplé de prix en bourse alors que celui lié aux énergies fossiles a été pratiquement divisé par deux.

La diversification est un élément important dans un portefeuille d’actions de renouvelables. Tout en évitant des prises de risque comme en 2020, l’investissement dans des start-up des valeurs d’hydrogène, loin de l’euphorie des débuts, accusent le coup. « Il faut être très attentif dans un fonds aux faux départs. Ce secteur n’a pas trouvé son marché et est toujours à l’état de niche, » justifie le gérant de la stratégie Clean Energy Transition de Pictet AM qui a évité l’écueil.Les 18 ans de track record de sa stratégie le classe dans le premier quartile sur toutes les périodes par rapport aux concurrents.

L’augmentation incessante des températures, dont nous avons eu récemment un aperçu, rappelle la nécessité de développer lesénergies renouvelables.

Enfin, le besoin de souveraineté énergétique et la faible volatilité de ses prix sont d’autres arguments incontournables à l’utilisation massive de l’énergie renouvelable.

Daniel Pechon

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