Le Dollar a posté au premier semestre sa plus mauvaise performance en 52 ans. Le billet vert a chuté de 10,7 % par rapport à un panier de devises mondiales, ce qui en fait le pire premier semestre depuis 1973, année où Nixon a mis fin à l’étalon-or de Bretton Woods. Alors que le président Trump creuse les déficits avec sa « belle » loi budgétaire, tout en pestant à nouveau contre l’indépendance de la banque centrale et fait briller…le Bitcoin.
Pourtant, entre septembre 2024 et la mi-janvier 2025, le dollar avait grimpé de plus de 9 % face à l’euro. Cette baisse de la monnaie européenne reflétait en réalité la montée en puissance du dollar US qui avait été principalement alimentée par la victoire de Donald Trump lors des élections présidentielles américaines de fin 2024. Le retour de Trump à la Maison-Blanche avait ravivé la confiance des investisseurs, porté par ses promesses de baisse d’impôt et de relance des industries américaines.
Mais depuis la mi-janvier 2025, retour de manivelle, on observe un retour de la hausse de l’euro (+12 %) en raison des inquiétudes liées aux premières déclarations de Donald Trump lors de sa prise de pouvoir. Notons que Donald Trump affiche la volonté d’avoir un dollar faible pour réindustrialiser les USA. Le billet vert a atteint son niveau le plus bas depuis février 2022, à 1,182, exactement le 30 juin, dernier jour du semestre. Et malgré des taux d’intérêt en dollars supérieurs…et huit baisses de taux consécutives en euro.
1,602 en 2008 pour l’euro/dollar…
Beaucoup ont peut-être oublié que le niveau le plus haut jamais atteint de l’euro à 1,6020 en juillet 2008. Depuis cette date, les cours de l’euro face au dollar US n’ont fait que chuter dans une succession de cycles en 2008, 2010, 2014, 2018 et finalement 2021, avec un retour à la parité à 1 euro pour un 1 dollar en 2022 et avec un creux à 0,95 USD en septembre 2022. Depuis l’euro a entamé une remontada avec un rebond de plus de 18 % en juillet 2023.
Mais la poursuite de cette baisse actuelle rapide du dollar contre euro n’est pas du tout acquise, et d’autres à Wall Street pensent que la tendance à la baisse pourrait s’inverser. Depuis l’euro/dollar, en juillet, a baissé un peu pour se rapprocher de 1,15.
Cependant, le dollar américain risque d’être confronté aux mêmes vents contraires qu’au premier semestre de l’année.
En effet, bon nombre des mêmes facteurs – la volatilité des politiques, le gonflement de la dette et des déficits et les réductions potentielles des taux d’intérêt de la Réserve fédérale, pour n’en citer que quelques-uns – resteront probablement présents à l’esprit des investisseurs, qui chercheront d’autres moyens de se protéger.
Vincent Mortier, CIO chez Amundi imagine même que le statut traditionnel de valeur refuge du dollar pourrait être remis en question si les déficits et la dette poursuivent leur dérive. « Nous avons abaissé notre note sur le dollar. Il existe de nombreuses incertitudes concernant les politiques budgétaires et fiscales des États-Unis qui pourraient affecter l’attrait du dollar. Bien que les acteurs mondiaux soient toujours exposés majoritairement au billet vert, les risques à long terme convergent vers une baisse de la devise américaine. Nous avons légèrement relevé notre sentiment sur l’euro, qui devrait bénéficier d’une diversification par rapport au dollar et d’une éventuelle allocation d’actifs plus favorable à l’Europe. »
« Nous observons deux types de facteurs qui participent à l’appréciation de l’euro par rapport au dollar, » explique Sean Shepley, Senior Economist chez AllianzGI.
« D’abord la confiance des investisseurs dans la reprise de la zone euro s’est améliorée avec la décision de l’Allemagne d’accroître ses investissements dans les infrastructures et les dépenses de défense. L’Allemagne, maillon faible de la croissance de la zone euro depuis la pandémie, laisse entrevoir une croissance future plus positive et profite à l’euro.
Sean Shepley poursuit : « A l’inverse, aux États-Unis, les investisseurs ont été contraints de réévaluer les perspectives de la politique économique, même sa prévisibilité à moyen terme. Nous soupçonnons, que suite à cette analyse, une forte demande de couverture contre le risque devise de l’USD, a déjà été actée. Conséquence, la dépréciation du dollar américain devrait ralentir au second semestre.
Cependant, les effets de la politique de l’administration américaine sur l’offre de main-d’œuvre sur la future croissance n’offrent pas de visibilité suffisante. A cet égard, nous pensons que l’environnement restera très difficile pour le dollar. »
A fin d’année, Sean Shepley a un premier objectif pour l’euro/dollar de 1,20 mais prévoit ensuite une dépréciation substantielle du dollar.
Un cambiste a résumé à sa manière les problèmes du dollar : « On peut cocher de nombreuses cases. Vous avez des déficits massifs, et personne ne veut y mettre fin, d’un autre côté, vous aliénez vos amis, tant sur le plan militaire que commercial. Il y a suffisamment de catalyseurs négatifs potentiels. Et une fois que la dynamique est lancée, il est difficile de l’arrêter ».
La dégringolade du dollar a commencé à la mi-janvier et n’a montré que des signes occasionnels de modération depuis lors. L’espoir que l’histoire des droits de douane du président Donald Trump allait s’apaiser avec des tarifs plus faibles a contribué à déclencher une brève reprise à la mi-avril. Mais l’attraction gravitationnelle à la baisse a vite repris. En juillet, avec les différents accords sur les tarifs douaniers, le dollar a pris un peu de couleur.
Donald Trump au centre du débat
« En raison des atermoiements de Donald Trump et par les doutes sur la pérennité de l’exceptionnalisme américain, l’écart de taux d’intérêt favorable aux obligations américaines ne suffit plus à renforcer la monnaie, » expliquent Didier Bouvignies, Associé-Gérant & Directeur des Gestions Rothschild & Co et Anthony Bailly, Responsable de la Gestion Actions Européennes de Rothschild & Co Asset Management qui ajoutent : « Malgré tout, une consolidation à court terme du dollar est possible, par exemple en raison des tensions liées aux conflits mondiaux. Plus important encore, tout éloignement du billet vert est une tendance pluriannuelle. Nous prévoyons que l’EUR/USD atteindra 1,20 aux alentours du deuxième trimestre de l’année prochaine. »
L’absence d’alternative à la devise américaine, un accroissement marqué de la dépréciation du dollar dans les mois à venir semble difficile à envisager, même si l’avantage en matière de croissance et la domination des acteurs du secteur technologique constituent un soutien à la monnaie ajoutent encore les deux responsables de Rothschild & Co Asset Management.
Du coté de LFDE, Enguerrand Artaz, Stratégiste, La Financière de l’Échiquier, ne croit peu à un rebond : « La violence du mouvement de dépréciation du dollar au 1e semestre 2025 peut laisser anticiper une accalmie durant l’été. Néanmoins la tendance devrait, selon nous, rester baissière au 2e semestre. Les mêmes arguments sont présents : dollar toujours surévalué, caractère erratique de la politique américaine poussant à délaisser les actifs en dollars et à l’opposé la fourniture de dollars importante via des émissions de dettes abondantes pour financer un déficit de croissance. Nous estimons ainsi que nous ne connaissons pas une simple correction mais nous nous trouvons dans un cycle baissier de cette devise, qui se traduit généralement dans un premier temps par un retour au prix d’équilibre. Pour l’EUR/USD, il se situe actuellement autour de 1,23. »
Le dollar reste surévalué
Equals Money dans une note résume les dangers proches ; « Les prochaines semaines présentent tous les ingrédients nécessaires pour provoquer des remous : une décision critique de la Fed, l’inflation en Europe et un contrôle du marché de l’emploi aux États-Unis. La force de l’euro est discrètement soutenue par les discussions sur la pause de la BCE, tandis que l’USD garde la main sur le risque événementiel. Les positions sont suffisamment légères sur les principales devises pour permettre des mouvements de rupture, en particulier si la Fed délivre quelque chose que les marchés ne sont pas prêts à recevoir. »
La force de l’euro est discrètement soutenue par les discussions sur la pause de la BCE, tandis que l’USD garde la main sur le risque événementiel.
Le dollar reste surévalué sur la plupart des indicateurs de change. Avec l’omniprésence des éléments négatifs sur le dollar, pourquoi ne pas s’attendre à ce que le dollar devienne sous-évalué avant de retourner ses positions de couverture, questionne un cambiste.
Un autre explique que nous sommes dans une phase où la tendance à la baisse est exagérée, mais fondamentalement, il y a certainement beaucoup de choses qui inquiètent.
Chez DNCA, on observe la situation aussi par un autre côté de la lorgnette avec la tentation déjà début juillet de prendre une position contrariante, en considérant l’analyse d’un effacement de Jérôme Powell. « Après l’avoir couvert de noms d’oiseaux Jérôme Powel, Donald Trump est de plus en plus vocal à propos de son éviction en faveur d’un profil plus accommodant. Dans cette configuration il est instructif de regarder, pour une fois, dans le rétroviseur : lors des trois premiers mois post nomination des sept présidents de la Fed depuis 1970**, les taux (2 et 10 ans) ont systématiquement monté et le dollar a baissé en moyenne de 2%. »
Mais l’impact du remplacement de Jérôme Powell » est aussi à moduler selon DNCA.
Face à ce constat, deux observations méritent d’être formulées. Premièrement, même si le Président nomme le successeur de Powell d’ici la fin de l’année, celui-ci ne prendra ses fonctions qu’en mai 2026. L’environnement économique peut d’ici là changer de manière drastique. Deuxièmement, même en cas de nomination d’un président ayant un profil plus « colombe », celui-ci devra composer avec les 11 autres membres du conseil des gouverneurs. Dans ces conditions et sur la base des performances, du sentiment et des flux, le dollar semble un choix contrariant évident pour le second semestre… »







