Soumis à un stress permanent ces dernières semaines, les marchés restent imperturbables. Dans son point marché mensuel, David Kruk, Head of trading desk chez La Financière de l’Échiquier (LFDE), livre les derniers bruits de marché et ses perspectives pour l’été.
Ce que continue de constater David Kruk, c’est le sang-froid dont font preuve les investisseurs particuliers. Alors que les Bourses dansent au-dessus d’un volcan géopolitique, ces investisseurs ont subi maintes fois des stress intenses ces dernières semaines : le poids de la dette américaine, le déficit budgétaire ou la fulgurante escalade du pétrole qui a pris 10 % en quelques heures au début du conflit israélo-iranien. Ils sont restés zen, comme immunisés contre le sentiment de panique.
Lors de chaque baisse de marché, les investisseurs particuliers ont acheté le creux et le marché a rebondi et effacé ses pertes. Alors que l’incertitude concernant la guerre commerciale et tarifaire (fin du moratoire le 9 juillet) continue d’exister dans ce décor.
« Les marchés ne croient plus aux crises » observe Pierre Puybasset porte-parole de la gestion chez LFDE.
Depuis le déclenchement de la guerre commerciale, Wall Street a tout de même pris 20 % en ligne droite. Exceptionnel.
Pas leur première danse….
Près d’un tiers des ordres donnés à Wall Street proviennent de ces particuliers, imperturbables face aux incertitudes, répète David Kruk, responsable du trading desk chez LFDE. Cette situation est sans doute liée à l’expérience de ces investisseurs qui ne sont pas confrontés pour la première fois aux changements et retournements de vues de Donald Trump à la Maison-Blanche. Un président certes synonyme d’imprévisibilité accrue mais aussi très attentif à l’évolution des courbes des indices boursiers.
Mais David Kruk a des arguments sur la logique du rebond des marchés. Les craintes d’inflation se sont amenuisées tout comme celles d’une récession redoutée en début d’année. Avec l’inquiétude de la fuite des investisseurs, les adjudications des bons du trésor américain sont de nouveau bien sursouscrites. En dépit d’un manque de visibilité de plus en plus grand et de chocs en série, les publications des bénéfices du premier trimestre sont positives, ressorties à +13 % contre 6 % initialement estimé. Et, la moitié des guidances a été maintenue pour les prochains mois. En dépit d’un manque de visibilité et de chocs en série, les capitaines de l’industrie et de la tech gardent le cap. En résumé, les bénéfices des grands groupes continuent de progresser. Certes, la croissance des résultats est anticipée comme moins solide mais restent au-dessus de la ligne de flottaison – environ de 5 % de hausse – pour le prochain trimestre. Les corrections de trajectoire restent limitées.
Baisse de taux ?
Si bien que les indices du secteur de la Tech ont réalisé un rebond exceptionnel avec le Nasdaq frôlant un nouveau record en cette fin juin.
Puis deux membres de la Fed viennent de sortir, estimant possible une baisse de taux pour le mois de septembre, soutenu par une inflation qui se tempère. A noter tout de même les craintes émises par le président de la Fed, Jerome Powell, d’assister à un rebond de l’inflation au second semestre avec l’impact des tarifs douaniers souligne Pierre Puybasset.
En effet, en début d’année, de nombreuses entreprises se seraient pressées de garnir leur stock avant la hausse des tarifs douaniers mais ce stock de précaution est en train de s’amenuir.
Cependant, ce mouvement de baisse de taux accéléré de la BCE et auquel échappe la Fed pour le moment, en raison des incertitudes générées par le programme économique de Donald Trump, se traduit aussi aux Etats-Unis, par une injection massive de liquidités.
Juillet, un bon mois, août plus incertain
Dans cette atmosphère, David Kruk reste optimiste pour les prochaines semaines. D’un point de vue saisonnier, juillet est le deuxième meilleur mois de l’année en Bourse. Les indices américains ont progressés 10 fois en juillet sur les…10 dernières années. Si les rachats d’actions des entreprises se tariront sous des obligations légales avec la publication de leur résultat du deuxième trimestre qui débutent après le 15 juillet, le nombre de nouvelles émissions (IPO) reste nettement inférieure à sa moyenne historique. De plus, les blocs de vente d’actionnaires ne sont pas excessifs. En résumé l’offre de papiers dans le marché reste réduite. Signe de cette aridité, les dernières IPO se sont rapidement vendues et se sont envolées dès les premières heures de cotation, soutenues par une demande qui dépassait nettement l’offre. Cela souligne l’appétit des investisseurs toujours présent, qui ne peut s’assouvir sans un nombre suffisant d’IPO.
On ne change pas une stratégie qui gagne
Tandis que l’économie américaine reste résiliente avec un chiffre de l’emploi qui résiste, environ 700 milliards de dividendes sont déversés en faveur des actionnaires. Les investisseurs privés ont appris à la dure à naviguer dans des eaux agitées de stress réguliers, en étant acheteur à chaque creux.
D’un point de vue graphique-technique, la moyenne de 50 jours vient de traverser à la hausse celle des 200 jours sur le Nasdaq, un événement qui n’était plus observé depuis 2023 selon David Kruk. Et la dernière fois, le marché a ensuite aligné une hausse de 50 %.
Enfin, il est important de noter le réveil des Small caps en Europe. Si souvent annoncé et avorté, avec une de hausse de 17 % en moins de six mois, cette performance dépasse la hausse des grandes capitalisations.
Si juillet peut être favorable aux indices, août peut se révéler plus venteux. Cependant, il faudra compter avec les investisseurs particuliers présents dans chaque mouvement de baisse.
Dernière statistique émise par David Kruk, les actions représentent 32% du patrimoine des Américains contre seulement 10% du patrimoine des Européens.
Le S&P 500 se traite à plus de 23 fois les bénéfices. Bien au-dessus de sa moyenne historique. Seul bémol.







