Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management
Nous sommes dans le futur. Skynet, une intelligence artificielle surpuissante, a pris le contrôle de la planète et un seul homme, John Connor, peut encore sauver l’humanité. C’est un classique du cinéma. Mais ce scénario pourrait-il un jour devenir réalité ?
C’est en tout cas l’alerte lancée ces dernières semaines par plusieurs pontes américains de l’intelligence artificielle. Les problèmes de sécurité liés à l’IA sont bien réels. Mais, pour l’instant, les modèles restent largement dépendants de l’intelligence humaine, et cela devrait encore être le cas pendant un bon bout de temps.
Pour nous, derrière ces inquiétudes se cachent surtout des considérations beaucoup plus terre à terre : l’argent et la concurrence.
Jusqu’à présent, les géants de l’IA parviennent sans difficulté majeure à financer leurs gigantesques besoins en capitaux, notamment en s’endettant sur le marché obligataire. La demande des investisseurs est là, et c’est assez logique. Pourquoi acheter un bon du Trésor américain rapportant 5 % lorsqu’à maturité comparable, une entreprise comme Meta peut offrir 6 à 7 %, avec un risque perçu comme relativement faible ?
Mais à partir de 2027, la situation pourrait se tendre. Nous allons assister à une véritable course à la liquidité. Nous estimons que les hyperscalers pourraient devoir emprunter près de 440 milliards de dollars sur le marché obligataire, soit environ deux fois plus qu’aujourd’hui. Dans le même temps, les États auront eux aussi des besoins de financement considérables. Cette concurrence pour attirer les capitaux risque de faire grimper le coût du financement. Les géants de la tech ont donc tout intérêt à ralentir quelque peu la course aux investissements.
D’autant qu’ils sont confrontés à un autre problème : la concurrence chinoise. Celle-ci repose largement sur des modèles open source, en moyenne 20 à 30 % moins chers que les modèles propriétaires américains, tout en proposant, dans certains cas, des performances assez proches pour l’utilisateur. C’est le cas de Deepseek 4.1 flash qui possède des capacités proches de Fable 5.1 d’Anthropic.
Derrière la peur de Skynet se cache donc peut-être une inquiétude beaucoup plus immédiate : comment continuer à financer une course à l’IA toujours plus coûteuse tout en faisant face à une concurrence chinoise de moins en moins chère ?
À surveiller
La première estimation de l’inflation en zone euro en septembre est attendue ce vendredi. C’est une donnée cruciale qui va influencer les prochaines décisions de la BCE et donc l’évolution de l’Euribor, qui sert de référence à de nombreux crédits à taux variable. Aujourd’hui, l’Euribor 3 mois se situe autour de 2,62 %. Mais le marché anticipe une forte remontée, avec un taux implicite à trois mois dans neuf mois proche de 3,8 %.
C’est trop pessimiste, selon nous. La hausse des prix de l’énergie entretient certes les pressions inflationnistes et devrait empêcher la BCE d’assouplir rapidement sa politique monétaire. Mais le ralentissement de l’activité devrait progressivement limiter sa capacité à poursuivre les hausses de taux.
Notre scénario central : des taux courts élevés en 2027, mais avec un Euribor qui devrait culminer autour de 3 %, sensiblement en dessous des 3,8 % actuellement anticipés.
La différence est importante : sur 100 millions d’euros de dette à taux variable, 80 points de base représentent environ 800 000 euros de charges d’intérêts par an pour une entreprise européenne !
L’avez-vous lu ?
C’est un sujet qui monte pour le consommateur européen. Depuis plusieurs mois, on observe une décorrélation inhabituelle entre le prix du pétrole et celui du diesel. Ce dernier est désormais deux fois plus cher que le premier. En cause : des tensions spécifiques sur les capacités de raffinage.
Malheureusement, la situation ne devrait pas s’améliorer à court terme. Un sénateur américain a demandé à Donald Trump d’instaurer un embargo sur les exportations américaines de diesel, ce qui pourrait contraindre encore davantage l’offre. Les prix à la pompe risquent donc inexorablement d’augmenter en Europe.







