Le mois de novembre a été rude pour les actions américaines, notamment le segment technologique. Heureusement, ce n’est certainement qu’une respiration du marché dans une phase tendanciellement haussière.
Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management.
La baisse des actions technologiques en novembre a été très marquée. C’était une respiration nécessaire du marché après plusieurs mois consécutifs de hausse.
Un rude mois de novembre
Ces dernières semaines ont été rudes en bourse, en particulier pour le segment technologique. Selon nous, la baisse n’est pas réellement liée à une crainte de bulle de l’IA. Elle s’explique principalement par deux facteurs :
- Les prises de bénéfice massives de la part des fonds spéculatifs – après de beaux gains réalisés grâce aux positions acheteuses qu’ils détenaient depuis mai/juin et qui ont été souvent renforcées en septembre. Tout le monde n’est toutefois pas vendeur. Les institutionnels sont encore à l’achat sur les actions – y compris les actions technologiques.
- Les effets de levier qui amplifient la baisse et expliquent les mouvements erratiques – des actions sont en forte hausse en préouverture puis clôturent en nette baisse sans raison apparente. Au printemps, au moment de la rotation des institutionnels et des fonds vers les actions européennes, les ménages américains se sont rués sur les actions technologiques via des ETFs à effet de levier. Lorsque le marché est haussier, tout va bien. Mais en cas de retournement, cela amplifie les phases de baisse, comme c’est le cas actuellement.
Un troisième facteur a probablement joué : l’effondrement des crypto-monnaies. C’est ce pan du marché qui a dégringolé le premier. Il a ensuite entraîné dans son sillage les actions technologiques américaines. À ce stade, il s’agit d’une suspicion plutôt que d’une certitude. Si c’est vrai, c’est un changement de paradigme majeur. Les crypto-monnaies sont devenues si importantes et intégrées au système financier qu’elles peuvent avoir des effets directs sur les actions. À vérifier à l’avenir.
Quelles sont les perspectives ?
Le comportement du marché est similaire à 2022. Le VIX est parti d’un niveau relativement bas (~16→30). Cela indique un niveau de tension élevée, mais pas extrême et suggère une correction tardive ou une panique de milieu de cycle plutôt qu’une crise généralisée. Une fois cette phase terminée – prochainement d’ailleurs – les actions devraient repartir à la hausse. Trois facteurs de soutien demeurent :
- La baisse des taux par la Réserve Fédérale va entraîner une rotation des fonds monétaires vers les actions.
- De nouveaux achats par les ménages américains. En début d’année prochaine, ils devraient récupérer environ USD 70 milliards lors de leur déclaration d’impôts. Une partie va soutenir la consommation, une autre partie les actions.
- Les solides résultats financiers des entreprises américaines, notamment de la tech. Les bénéfices des Sept Magnifiques, qui représentent 37% des bénéfices du S&P 500, ont augmenté de 28,3% sur un an grâce à une hausse de 18,1% de leur chiffre d’affaires combiné. Toute la bourse américaine est en bonne santé. Prenons les marges des entreprises du S&P500, elles sont trois fois plus élevées qu’en 1999-2000*.
La question épineuse de l’économie circulaire
Il suffit de regarder le niveau de rentabilité et de trésorerie disponible des entreprises technologiques pour savoir qu’il n’y a pas de bulle boursière de l’IA. En revanche, il est légitime de s’interroger à propos des investissements massifs réalisés dans OpenAI qui aboutissent à créer une économie circulaire. Est-ce un élément de fragilité ? Probablement pas.
Il faut appréhender ces investissements comme des opérations financières assez courantes dans l’univers des start-ups. Prenons un exemple concret. En septembre, Nvidia a annoncé investir en plusieurs étapes USD 100 milliards dans OpenAI afin de développer ensemble des infrastructures matérielles et logicielles pour l’IA. Dans le bilan de Nvidia, cela apparaît aujourd’hui comme une dépense d’investissement. Mais Nvidia va être rémunérée pour son travail, avec son propre argent investi dans OpenAI. Demain – c’est la beauté de la chose – cela va apparaître comme une source de revenu, donc un encaissement, dans son bilan comptable. En outre, ce type d’accord est souvent conditionné à l’octroi d’actions de la part de la start-up (Tech-for-Equity model) – ce qui est certainement le cas avec OpenAI. Ces actions sont ensuite vendues en intégralité le jour de l’introduction en bourse, garantissant aux bénéficiaires une belle plus-value. C’est plutôt ingénieux et souvent très rentable. Ce n’est donc pas, selon nous, un sujet d’inquiétude.
L’essentiel à retenir
- La baisse marquée des actions technologiques en novembre n’était qu’une respiration du marché.
- Les fondamentaux financiers des entreprises technologiques sont bons.
- Seul point d’attention, les niveaux de levier utilisés par les particuliers qui peut conduire au maintien d’une volatilité élevée.
*Source : Bloomberg, Novembre 2025.







