« Nous étions très optimistes sur les marchés en début d’année. Aujourd’hui il faut réécrire le script, » avance Laurent Denize, CIO ODDO BHF Asset Management.
Le marché de l’IA n’est pas le seul créneau qui présente des opportunités d’investissement. Le secteur de la santé fait aussi sa révolution. Puis, faire un peu de cash n’est pas une mauvaise idée comme s’alléger dans les semi-conducteurs et le hardware, sans fuir le marché. En deux mots, Il faut rester investi mais diminuer son exposition aux actions, rester attentif en ciblant des opportunités tout en visant des cours plus bas. « Equity is still the place to be. »
Le marché doit aussi intégrer un peu plus la variable ‘taux’. Peut-être la Fed n’aurait pas dû baisser autant les taux fin 2025 estime Bruno Cavalier, Chef Economiste chez ODDO BHF. La banque centrale américaine serait plutôt dans un schéma de rectifier le tir avec sa récente hausse de taux. Rassurant sur son indépendance, elle a pris sa décision à l’unanimité malgré les pressions de Donald Trump qui préfèrerait voir les taux baisser.
En Europe, si l’inflation est moins forte et moins diffuse, après deux mouvements vers le haut, Il est probable que nous approchions du niveau d’équilibre pour les taux.
Cependant, la hausse des taux longs a débuté dès 2022 (après la période covid), avec des déficits qui n’ont cessé de se creuser durant et après la période Covid. Le niveau des taux longs atteint aujourd’hui un niveau réaliste face aux fondamentaux. Avec le rendement de l’emprunt à 10 ans de l’Etat français (l’OAT) qui tutoie des niveaux inédits depuis 2008.
Hélas, le renouvellement des dettes d’Etat se fait à des niveaux de taux plus élevés, avec la conséquence d’une charge d’intérêt qui gonfle rapidement, particulièrement en France. Et avec l’épée de Damoclès de l’appétit des investisseurs étrangers…
L’Europe….
Mais en Europe, il y a aussi du positif avec une économie allemande qui se raffermit. Tandis que l’Espagne, inlassablement, continue de défier les statistiques et surprendre de trimestre en trimestre avec un taux de croissance arrimé autour de 3 %…
« Nous étions très optimistes sur les marchés en début d’année. Aujourd’hui il faut réécrire le script. » avec de l’incertitude alimentée par trois facteurs : le détroit d’Hormuz, la ‘tech’ et l’inflation.
Si pour les actions tout va bien, avec des séquences de résultats qui restent excellentes, un bémol est à poser pour les hyperscaleurs. En effet, 60 % des résultats sont gonflés par la réévaluation comptable de leurs différentes participations (OpenAI…). « A ce stade, nous ne sommes pas dans une bulle de valorisation mais dans une bulle de dépenses, » spécifie Laurent Denize.
Excès d’optimisme ?
Entre 2026 et 2030, le marché anticipe une hausse des bénéfices de 45 % par an… C’est optimiste, trop optimiste, avec une génération de trésorerie qui risque d’être en péril avec la liste des investissements annoncés, et le risque évident que ces financements devront être opérés à travers le marché de la dette. Les développements annoncés ne sont pas extrapolables au rythme actuel (ex un nombre de data center multiplié par quatre en trois ans aux Etats-Unis). Le marché finira par en tenir compte et exigera une prime de risque plus élevée pour ces actions. Prudence face aux valorisations.
En effet, le marché tend à regarder avec des lunettes roses, sans trop se soucier, encore d’un hors bilan de plus en plus flou. Le rapport est de 1 à 5 dans les engagements hors bilan et finiront par impacter le free cashflow, explique Laurent Denize. Car pour financer le déploiement massif d’infrastructures d’intelligence artificielle sans alourdir excessivement leurs ratios d’endettement officiels, ces géants ont de plus en plus recours à ces montages.
Alléger les actions ‘semi-conducteurs’ et le ‘hardware’ est une décision de prudence à prendre dans les portefeuilles. Et attention aux plus petits acteurs du secteur, plus fragiles.
En revanche, les éditeurs de logiciel dont les cours ont plongé en début d’année, avec l’hypothèse qu’ils allaient devenir caduques avec l’expansion de l’IA, peuvent offrir de la valeur. En effet, l’annonce de l’intégration d’outils d’Anthropic au sein de Salesforce permettant de gagner en productivité, illustre les synergies potentielles.
Il faut diversifier un peu plus les portefeuilles. Le secteur de la santé est une voie. Il pourrait être proche d’un « moment ChatGPT », comme l’illustre la collaboration de Moderna et Merck pour la production de vaccins personnalisés. Une révolution dans l’oncologie, un marché gigantesque…
Au-delà de la thématique de l’IA, apparait la question des goulots d’étranglement de plus en plus nombreux, consécutifs à la consommation débridée d’électricité. Les délais tendent à s’allonger pour connecter une centrale aux réseaux de distribution ; ils peuvent durer de trois ans à sept. Les besoins d’investissement dans ce créneau sont colossaux, et font émerger de nouvelles idées comme les projets dans l’espace de SpaceX.
Sur le marché européen des actions, on a rarement observé autant de révisions positives des résultats comparé aux 5 dernières années. Si les cours des actions peuvent paraitre élevés, en revanche comparés à la génération de trésorerie des entreprises, ils ne le sont pas. De même, le retour sur capital reste élevé dans le secteur bancaire qui conserve son attrait.
Rester exposé aux USA et à l’Europe, en privilégiant l’Allemagne, fait sens, en profitant des replis des marchés. Sans se désintéresser du marché coréen pour sa valorisation basse et être un investisseur actif sur le marché chinois.
Enfin les spécialistes de ODDO BHF reviennent progressivement sur l’or. Attention cependant à la corrélation des taux avec l’or. L’aluminium et le cuivre, en revanche, avec des potentiels déséquilibre sur l’offre et la demande dans le futur, peuvent aussi briller.







