Plusieurs fonds thématiques ont connu d’importants afflux positifs depuis le début de l’année. L’électrification et l’adaptation au changement climatique constituent des sujets attractifs pour les prochaines années.
CPR Asset Management s’est imposé comme un acteur majeur du paysage financier. Filiale à 100 % d’Amundi, la stratégie de ce gestionnaire se base en grande partie sur les fonds thématiques répondant aux grandes tendances structurelles (démographie, environnement, etc) qui affectent nos sociétés. Nous avons eu l’occasion de rencontrer Alice de Bazin (CEO de CPR AM) afin qu’elle nous détaille les principaux enjeux pour la société qu’elle dirige.

Comment le marché des stratégies thématiques a-t-il évolué depuis la création du groupe ?
Alice de Bazin : « Nous avons commencé à proposer des fonds thématiques avec des sujets fondateurs comme le vieillissement de la population ou l’alimentation. Ces premiers thèmes constituent toujours de vrais réservoirs de croissance, même s’ils sont parfois moins reconnus actuellement en raison de l’hyper-concentration des investisseurs sur la technologie et l’intelligence artificielle. Une deuxième vague de thématiques s’est imposée suite à l’épidémie de COVID et à la guerre en Ukraine, notamment sur l’émergence de l’intelligence artificielle, les ressources naturelles ou encore le besoin d’une plus grande autonomie stratégique en Europe ».
Est-il facile de continuer à se démarquer face à l’offre pléthorique de produits disponibles ?
A.d.B. : « L’investissement thématique évolue par cycles, et il faut être en mesure d’adapter son offre. Il faut savoir être innovant pour capter les tendances qui émergent et répondre aux besoins de nos clients. Auparavant, nous n’avions que des fonds en actions, mais nous sommes aujourd’hui en train de décliner notre approche sur des fonds multi-actifs pour s’adapter aux investisseurs qui ne souhaitent pas avoir une exposition trop importante aux actions. Enfin, il faut également être en mesure de pouvoir effectuer une rotation entre les différentes thématiques en fonction de l’environnement de marché, en proposant notamment des stratégies multithématiques ».
Le risque est que certaines thématiques soient éphémères…
A.d.B. : « Lorsque nous lançons un nouveau fonds, c’est parce que nous croyons à une mégatendance qui va impacter notre monde sur le long terme. Les sujets autour des terres rares ou des minéraux critiques sont ainsi récemment apparus dans le monde des fonds thématiques, mais ils répondent fondamentalement à une demande structurelle durable sur laquelle il est possible de baser une stratégie d’investissement pour le long terme. L’enjeu clé reste la rapidité de détection de ces mégatendances ».
Comment est né votre fonds sur la souveraineté européenne ?
A.d.B. : « Durant les dernières années, plusieurs facteurs ont joué comme des révélateurs de la vulnérabilité européenne, comme la crise du COVID-19 et les problèmes d’approvisionnement qui en ont découlé, ou encore les conséquences de la guerre en Ukraine sur les prix de l’énergie. Nous avons donc lancé en mars 2023 notre fonds CPR Invest – European Strategic Autonomy, en axant notre stratégie d’investissement sur quatre grands secteurs stratégiques : l’industrie (y compris la digitalisation et l’énergie), la santé (vaccins), l’alimentation (résistance face aux risques de pénuries), et enfin le secteur financier européen ».
Est-ce que vous incluez le secteur de la défense ?
A.d.B. : « Oui, tant sur les groupes plus traditionnels que sur les innovations de rupture. C’est d’ailleurs sur ces groupes davantage orientés sur la technologie (comme les drones, la cybersécurité ou le secteur spatial) que nous voyons actuellement le plus de potentiel en termes de croissance du chiffre d’affaires, des bénéfices et des marges. Nous pensons d’ailleurs que le secteur européen présente dans ce domaine un potentiel de rattrapage important avec des perspectives de croissance des bénéfices par action qui sont supérieures à celles des groupes américains ».
Ce produit a constitué un succès commercial majeur pour CPR AM
A.d.B. : « Il s’agit d’une thématique clairement porteuse, qui connaît une adoption rapide auprès des investisseurs européens. Les performances ont été excellentes depuis son lancement (progression annualisée supérieure à 13% sur trois ans), avec des encours qui dépassent désormais le milliard d’euros et qui ont doublé depuis le début de l’année. Ce n’est toutefois pas le seul fonds qui a bien marché dans notre offre. Nos stratégies permettant d’investir dans les métaux précieux (CPR Invest Global Gold Mines), dans les ressources naturelles et matériaux d’avenir (CPR Invest Global Ressources) ou dans l’intelligence artificielle (CPR Invest Artificial Intelligence) ont également rencontré un succès commercial important ».
Quelles sont les thématiques qui pourraient éclore durant les prochaines années ?
A.d.B. : « L’électrification en Europe constitue un premier axe mûr pour les investissements, une thématique qui va de la production d’énergie aux applications commerciales. Un deuxième axe majeur concerne les sociétés qui vont permettre à nos sociétés de s’adapter au changement climatique, dans un contexte où le dérèglement climatique va devenir un facteur dont il va falloir tenir compte car nous n’arriverons vraisemblablement pas à maintenir l’objectif de 1,5 degré qui avait été fixé lors de la COP21 (2015) de Paris ».
Les contours de cette thématique sont encore relativement flous ?
A.d.B. : « Oui, car nous ne sommes plus ici dans la simple décarbonation, mais dans les solutions qui vont permettre à nos sociétés et nos entreprises de s’adapter. La définition d’un tel univers reste à formaliser en l’absence de standards établis, mais ce sujet sera un des principaux points qui seront abordés lors de la COP31 qui se tiendra en Turquie en novembre. Cette thématique va répondre à une réalité concrète et elle présentera des opportunités financières significatives pour les investisseurs ».







