Après une forte envolée, les marchés sont passés en mode pause ces dernières semaines. Entre temps, le PDG d’OpenAI a évoqué ouvertement le risque de bulle alors que la course aux investissements dans l’IA générative des géants de la tech atteint des sommes mirobolantes.
Meta, Alphabet, Microsoft et Amazon envisagent de dépenser pas moins 390 milliards de dollars dans l’IA rien que cette année, annonce Anjali Banstianpillai, Senior Client Portfolio Manager at PAM, avec le développement combiné du cloud et l’IA. Les investissements dans les centres de données atteindront probablement les 2.900 milliards de dollars d’ici fin 2028 selon Morgan Stanley et McKinsey parie sur un montant de 6.700 milliards au bout de la décennie.
Des montants étourdissants. Les marchés n’y sont pas restés insensibles. Après le coup des droits de douane et son coup de bambou sur les marchés avec un creux touché le 8 avril, le Nasdaq a flambé de 40 % en quatre mois, établissant un nouveau record le 13 aout, reflet de l’enthousiasme pour l’intelligence artificielle. Loin devant l’indice élargi S&P 500 qui a limité ses gains à un peu moins de 30 %. Depuis quelques jours et avec les derniers résultats publiés de NVIDIA juste conformes, les investisseurs semblent vouloir reprendre leur souffle.
Cependant, le boom de l’intelligence artificielle semble actuellement perturber Sam Altman, à l’origine de ChatGPT fin 2022. Son inquiétude est nourrie par la vitesse et la facilité de certaines start-ups de l’IA à lever des fonds de centaines de millions et dont les perspectives ne sont pas toujours clairement établies.
Cependant, le PDG d’OpenAI reste confiant dans l’avenir, à la performance et aux avantages à long terme de l’IA malgré l’effervescence actuelle mais averti que quelques valorisations sont désormais hors de contrôle.
Investisseurs surexcités par l’IA ?
« Sommes-nous dans une phase où les investisseurs dans leur ensemble sont surexcités par l’IA ? Je pense que oui », a-t-il déclaré lors d’une récente interview mais reste convaincu que l’IA est la chose la plus extraordinaire qui soit arrivée depuis bien longtemps.
Pour Brice Prunas, gérant actions thématiques, Intelligence Artificielle, ODDO BHF AM, l’intervention du PDG d’OpenAI n’est pas anodine et dirigée sournoisement vers ses concurrents, avec objectif d’influer leur analyse.
« Dans le domaine de l’intelligence artificielle, » explique Brice Punas, « chaque déclaration doit être replacée sous le prisme de la « théorie des jeux » ; c’est-à-dire sous celui de l’interaction stratégique entre les différents acteurs du marché qui mènent une guerre fratricide vers la super intelligence ; et en particulier pour être le premier à y accéder.
Ainsi les déclarations de Sam Altman visent, selon nous, trois cibles.
Elon Musk et sa stratégie qui comporte en effet de lourds investissements en puissance de calculs qui lui ont permis de rattraper Open AI et Sam Altman en seulement 2,5 ans.
Mark Zuckerberg qui via Meta mène une guerre de talents dans l’IA mais aussi à coup d’acquisitions payées au double de leur valeur.
Puis, le monde des IA starts-up et donc du Venture Capitalisme AI ou les valorisations peuvent devenir déraisonnables eu égard à la qualité des effectifs sous couvert de vocable « AI ».
Enfin Brice Prunas appuie sur une distinction : « Il faut noter, qu’à l’inverse, les valorisations AI, dans le coté (bourse), restent encore raisonnables, car exprimables en multiples de résultats. Il existe une poignée d’exceptions à cette règle dans le mode des entreprises cotées mais qui pourraient se justifier par l’unicité des actifs concernés. »
Mais Matthieu Belongrade, CFA chez DNCA reconnait que les valorisations sont globalement élevées et incite à la prudence sauf quelques exceptions : « la saison des résultats du deuxième trimestre a été rassurante tant en ce qui concerne la demande de cloud et d’infrastructures que les premiers signes de monétisation de l’IA et NVIDIA… »
Beaucoup d’analystes continuent à penser que l’impact réel à moyen et long terme est en fait sous-estimé.
Er comparer le boom actuel de l’IA et la bulle Internet semble excessif.
Anjali Banstianpillai, Senior Client Portfolio Manager at PAM rejette les comparaisons entre le boom actuel de l’IA et la bulle Internet en élargissant cette analyse.
La bulle internet, une autre histoire
« Fin des années 90, au pays des dotcoms, il existait de nombreuses situations de surendettement. Peu d’entreprises réalisaient des bénéfices. Actuellement, la plupart des entreprises ont des bénéfices très solides, des flux de trésorerie très importants, qui financent une grande partie de cette croissance grâce à ces flux de trésorerie. A bien des égards, c’est un peu différent. » explique Anjali Banstianpillai qui ajoute :
« Le secteur technologique est aujourd’hui beaucoup plus diversifié et résilient qu’il ne l’était lors de la bulle Internet en 2000. A l’époque, ces entreprises ciblaient principalement l’Internet professionnel, privilégiaient la croissance plutôt que la rentabilité. Aujourd’hui, les entreprises technologiques couvrent beaucoup plus de secteurs de marché, comme les services de communication (Alphabet, Meta), l’industrie (Uber), la finance (Adyen, Visa), les biens de consommation discrétionnaire (Amazon) et les technologies de l’information (Nvidia, Palo Alto). »
Une autre tendance forte est celle des fusions-acquisitions et des liquidités suffisantes sont prêtes à être investies.
Jeremy Gleeson, directeur des investissements technologiques chez AllianzGI analyse ces moments de doute :
« il peut être difficile de faire la distinction entre opportunité et effet de mode. L’apparition de nouveaux marchés émergents (développés par l’innovation), à forte croissance et qui s’étale sur plusieurs années, passent souvent par des périodes d’investissements forts et temporairement avec des rendements faibles. Ces moments finissent par créer une incertitude dans le processus d’évaluation et donc un risque. Ce fut le cas en début de l’année, avec le moment DeepSeek sur les marchés. Les investisseurs sont alors devenus nerveux. Personnellement, je préfère de telles réactions plutôt que de la complaisance ! »
Jeremy Gleeson tient à ajouter : « Mais il semble évident que pour des sociétés comme Nvidia, le marché intègre déjà de bonnes choses. D’un autre côté, Il faut cependant réaliser et prendre en compte, l’augmentation continue des dépenses d’investissement des hyperscalers, (fournisseurs de service de cloud computing, de gestion des données) mais aussi des États souverains, occupés même à les intensifier.
Pour Matthieu Belongrade, CFA DNCA « L’IA représente une nouvelle révolution industrielle mais comme lors des cycles précédents, il y aura des gagnants et des perdants. Nous préconisons une exposition diversifiée au thème de l’IA : de manière sélective dans les hyperscalers, mais aussi dans les semi-conducteurs, les centres de données, les logiciels et notamment la cybersécurité, qui sera essentielle à l’essor de l’IA agentique. »
Guy Stear, Head of Developed Markets Research at Amundi Investment Institute : « Les gains boursiers ne se sont pas généralisés dans toutes les segments du marché. A ce jour, les meilleures performances se situent dans les entreprises qui ont su tirer parti de l’IA et celles qui ont participé au développement de cette technologie (sous forme de puces et de fermes de serveurs). Nous pensons que cette divergence va se poursuivre. »
Jackson Hole, rassurant
Enfin, Dr Karsten Junius, Chef économiste, J. Safra Sarasin, établit un constat judicieux et intéressant de la conférence de Jackson Holes, un rendez-vous clé de l’économie.
« Pour les investisseurs, les constats et la synthèse de cette réunion sont essentiels et riches d’enseignement. Si l’inflation peut être maîtrisée sans récession profonde, le risque de ralentissements induits par la politique monétaire diminue. Cela justifie des valorisations d’actifs plus élevées. »
Enfin Sam Altman a encore ajouté dans son interview dans un mélange de prudence et d’optimisme : « L’effondrement des dotcoms a causé la disparition de nombreuses entreprises, mais a néanmoins donné naissance à l’internet moderne. Il s’attend à ce que l’IA suive un chemin similaire : quelques effondrements très médiatisés, suivis d’une transformation durable. »
Et il conclut : « Je pense que certains investisseurs risquent de subir de lourdes pertes, et c’est regrettable. Je ne veux pas minimiser cela. Mais dans l’ensemble, je suis convaincu que… la valeur créée par l’IA pour la société sera considérable. »
Un passage obligé ?
Soulignons encore, qu’historiquement, les grandes révolutions technologiques qui ont fourni une transformation en profondeur de l’économie, comme la machine à vapeur au début du XIXe siècle, les chemins de fer dans les années 1880, ou les débuts de l’aviation au début du siècle dernier ou encore plus près de nous, les technologies de l’information et l’internet autour des années 2000, en murissant, traversent souvent par une phase d’hystérie boursière et de spéculation, suivie par quelques secousses baissières, quelques fois violentes. Un excès suit un autre excès mais souvent la belle histoire reprend…
Comme toujours, le marché ne reste pas à l’abris d’une correction, Septembre est réputé le pire mois en bourse, plus particulièrement sa deuxième quinzaine mais il s’agit que d’une statistique. Cependant, les analystes restent convaincus de l’avenir de l’IA, à moyen et long terme.







