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Prof. Dr. Jan Viebig, Chief Investment Officer, ODDO BHF SE

Le dollar a récemment perdu de l’altitude. Au début de l’année, la bourse américaine a battu des records en raison de la force perçue de l’économie, tandis que le dollar a grimpé à son plus haut niveau en 27 mois. Mais l’arrivée au pouvoir de Donald Trump a changé la donne. D’une part, la politique commerciale de la nouvelle administration fait peser des risques sur l’économie américaine. De l’autre, sa politique budgétaire menace d’accélérer la croissance de la dette. La Maison-Blanche voudrait que la Fed baisse ses taux directeurs et lui cède plus de contrôle sur la politique monétaire. Il y a aussi le risque d’une augmentation – plus ou moins arbitraire – des impôts sur les actifs, les investissements et les revenus perçus sur le sol américain par certains investisseurs étrangers (via une modification de l’article 899 du code fiscal incluse dans le « One Big Beautiful Bill Act »). En dernier lieu, le Président du Conseil des conseillers économiques, Stephen Miran, envisage la possibilité de contraindre les créditeurs étrangers des États-Unis à convertir leurs bons du Trésor en obligations à coupon zéro non négociables sur 100 ans (Accord de Mar-a-Lago).

Il ne faut donc pas s’étonner si la confiance dans le dollar s’érode. La devise américaine a perdu environ 10 % de sa valeur face à l’euro depuis le début de l’année. L’euro est passé de 1,035 dollar en début d’année à 1,152 dollar au 18 juin 2025. La dévaluation du billet vert affecte les investisseurs européens qui détiennent des titres américains, plombant la performance de leurs portefeuilles en euros par rapport au cours de la bourse en dollars, dans un contexte de faiblesse des marchés américains.

Certains investisseurs se demandent s’ils devraient réduire l’exposition de leur portefeuille au risque de change, notamment en diminuant leur allocation en dollars. Nous déconseillons généralement de prendre des décisions d’allocation sur la base des taux de change. Premièrement, parce que leur évolution est difficile à prédire. De nombreuses études ont en outre démontré que miser sur les effets de change pour systématiquement générer des gains est une stratégie particulièrement risquée.

Deuxièmement, parce que les taux de change influencent les revenus, les coûts et les bénéfices des entreprises actives à l’international. En effet, les grandes entreprises américaines, tels que Microsoft ou Alphabet, réalisent une part non négligeable de leur chiffre d’affaires en euros. À l’inverse, des entreprises européennes comme SAP ou Schneider Electric génèrent des revenus importants en dollars. Une dévaluation du dollar entraînerait une baisse du prix de l’action de la société américaine en euros comparé au cours de l’action en dollars. Mais par la même occasion, la valeur en dollars des revenus et bénéfices réalisés en euros augmenterait, ce qui aurait tendance à soutenir le cours de l’action. En résumé, dans le cas d’entreprises présentes sur les marchés internationaux, la réaction d’un investisseur aux variations escomptée des taux de change est tout sauf anodine.

À notre avis, les investisseurs à long terme ne doivent pas trop se préoccuper des taux de change. Sur les 20 dernières années, le rendement total net annuel de l’indice MSCI World a été de 8,9 % en moyenne en dollars, contre 9,3 % en euros. Sur les 10 dernières années, la moyenne est légèrement supérieure en dollars à 9,9 %, contre 9,6 % en euros (tous les chiffres concernent les périodes jusqu’à fin mai 2025).

Si la performance moyenne de l’indice est assez semblable sur le long terme, les différences entre devises sont souvent plus marquées sur une période plus courte. Le graphique 1 illustre la performance du MSCI World (rendement total net) en dollars et en euros sur les 12 mois de fin mai à fin mai depuis 20 ans. L’écart entre la performance en euros et celle en dollars est d’au moins 5 %, voire beaucoup plus, sur 12 de ces périodes.

Graphique 1 : Performance du MSCI World sur 12 mois au 31 mai 2006-2025, en dollars américains et en euros (en %)

Source : Bloomberg, 31 mai 2005 – 31 mai 2025

Les taux de change jouent un rôle assez limité dans notre politique d’investissement pour les raisons évoquées, soit la difficulté de prévoir leur évolution future et l’impact négatif des fluctuations de taux de change sur les résultats d’entreprises internationales. L’investisseur à long terme, sans intérêt pour la spéculation, a meilleur temps de sélectionner des actions en fonction de la qualité du modèle économique de l’entreprise, de sa rentabilité et de ses perspectives de bénéfice à long terme. La devise de cotation devient alors un élément secondaire.

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