Charles-Edouard Bilbault, Gestionnaire Actions Internationales Rothschild & Co Asset Management.
Porté notamment par la transition énergétique, l’intérêt pour le secteur minier — et plus particulièrement pour les métaux stratégiques — s’est considérablement renforcé au cours des dernières années. Désormais au cœur des enjeux de souveraineté et des tensions géopolitiques, ce changement de paradigme ne semble toutefois pas encore pleinement intégré par les investisseurs.
Pourquoi le secteur des métaux et des mines reste au cœur de l’actualité ?
Sans métaux, pas de croissance mondiale. Tout ce que vous voyez et touchez dans votre environnement provient soit de l’agriculture, soit des ressources minérales. Historiquement, la demande en métaux par habitant et par an a été multiplié par 1,8 fois entre les années 1920 et 1940 avec l’urbanisation, puis par 2,7 des années 1950 au début des année 1980 en raison de l’industrialisation1. Un nouveau paradigme émerge. La transition énergétique et la reconfiguration des chaînes de valeurs pourraient encore multiplier cette demande par 2,3 d’ici 2050 [1]. C’est un changement fondamental – les métaux ne sont plus seulement des ressources industrielles, mais des piliers stratégiques pour l’électrification et la souveraineté dans une logique de reprise en main des chaînes d’approvisionnement.
Quel est l’impact de changement de paradigme sur la demande minière ?
Depuis quelques années, les prix des métaux de base se découplent des moteurs économiques traditionnels. Préalablement, ils suivaient le cycle industriel, mais désormais, trois nouveaux thèmes dominent. Le premier porte sur la transition énergétique, avec une demande de cuivre associée vouée à doubler d’ici 2030 [1] et, à titre d’exemple, des véhicules électrique qui consomment en moyenne cinq fois plus de métaux que les véhicules thermiques. En second, les nouvelles technologies, pour lesquelles la demande mondiale de cuivre passera de 1 % à 6 % d’ici 2050 et entraînera une hausse des besoins en électricité de 20 % aux États-Unis d’ici 2030 [2], avec le développement des data centers et l’électrification automobile. Enfin, la démondialisation, alors que plus de 50 % des métaux sont raffinés en Chine – jusqu’à 80 % pour certains métaux « critiques » – avec la mise en place de nouvelles politiques, tant aux États-Unis qu’en Europe, sur les minéraux entre 2020-2025 [3].
L’offre peut-elle suivre cette explosion de la demande ?
En aucun cas et la pression monte. Les réserves s’épuisent : le nombre d’années restantes pour l’exploitation des métaux de base s’amenuisent, alors que le coût d’exploration par tonne découverte a été multiplié par huit depuis 2000 [3]. Pour le cuivre, la production doit croître structurellement, mais l’offre baisse. On s’attend à une diminution de la production de 300 kilotonnes en 2026 par rapport à 2025 [3]. Cette pénurie structurelle est aggravée par le manque de découvertes de nouveaux gisements et un délai moyen de quinze ans pour l’ouverture d’une mine.
Comment le contexte géopolitique amplifie-t-il cette tension sur l’offre ?
La géopolitique fait office de catalyseur. Avec 90 % de la production d’aimants en terres rares – ressource indispensable notamment pour les véhicules électriques et les éoliennes, qui représentent 50 % de la demande – la Chine domine outrageusement le marché4. Face aux risques géopolitiques accrus, des nations comme la Chine et l’Inde ont intensifié leur stockage stratégique des métaux et des matières premières physiques. Cette accumulation massive de réserves est également amplifiée par les arbitrages régionaux comme sur le cuivre entre les inventaires américains et le reste du monde sous l’effet des tarifs associés à la guerre commerciale. Par ailleurs, les considérations de sécurité nationale prennent désormais le pas sur la seule logique d’efficacité économique. Le paradigme « just-in-case [4] » remplace progressivement le modèle « just-in-time [5] », entraînant une plus grande cyclicité des marchés et l’émergence de primes de risque structurelles sur l’énergie et les métaux. De son côté, le gouvernement américain entend investir dans des projets miniers et encourager les investissements privés avec un environnement réglementaire plus favorable à l’industrie minière.
Les investisseurs ont-ils intégré ces changements ?
Nous observons un sous-investissement structurel flagrant. Le secteur pèse seulement 0,4 % du S&P 500 à fin 2025, alors que Nvidia et Microsoft en représentent 13,5 %, soit 34 fois plus [4]. Et pourtant, Il n’y aura pas de développement technologique tel que prôné par ces acteurs sans un accès sécurisé aux matières premières essentielles pour ériger les infrastructures physiques qui soutiennent cette innovation. Les allocateurs d’actifs ignorent ce thème, laissant se creuser un fossé béant entre les investissements et la réalité d’un super-cycle imminent.
Comment le fonds R-co Strategic Metals and Mining se positionne-t-il dans ce paysage ?
Nous offrons une exposition aux métaux liés à la transition énergétique et aux matériaux stratégiques via des producteurs historiques et des sociétés juniors et d’exploration. L’allocation aux matériaux sous-jacents est dynamique et basée sur des données macroéconomiques et des mécanismes d’offre et de demande. Nous avons une vision holistique organisée autour de quatre sous-thèmes : les producteurs majeurs, la nouvelle génération de projets miniers, les matériaux de spécialité et la transformation et les nouvelles technologies minières. Il en résulte un portefeuille concentré dont la sélection de titres s’appuie sur des convictions fortes avec un biais sur des valeurs spécialisées dans l’exploration afin de saisir les opportunités de création de valeur à long terme.
Pourquoi ce biais sur les juniors et l’exploration ?
C’est notre marque de fabrique. L’exploration peut offrir un retour sur investissement potentiellement significatif – une découverte peut potentiellement entrainer une revalorisation significative d’une société minière. Dans un monde en pénurie, c’est là que peut se créer la richesse générationnelle, et c’est un élément différenciant notre fonds.
[1] Source : World Bank, octobre 2025.
[2] Internal Energy Agency, décembre 2025.
[3] Bloomberg, octobre 2025.
[4] Constitution de stocks de sécurité.
[5] Synchronisation des commandes de matières premières auprès des fournisseurs avec les plannings de production.







