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Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management.

Faisons un saut dans le futur. Le conflit en Iran est terminé. Que se passe-t-il ? En supposant que le détroit d’Ormuz est libre à la circulation, il faudra environ trois à six mois pour que le trafic maritime soit normalisé. Nous estimons que les raffineries de la région mettront deux à six semaines pour opérer à pleine capacité. Ce sera plus long pour celles qui ont été la cible de missiles iraniens – parfois, il faudra plusieurs années. C’est le meilleur des scénarios. Et si l’Iran conserve une capacité de nuisance ? Tout est possible. Actuellement, les gardiens de la révolution demanderaient 2 millions de dollars par navire pour autoriser le passage – un prix excessif qui dissuade même les grands armateurs chinois. Cela voudrait dire que le trafic ne reviendra pas à la normale. Quelle route alternative ? Certains évoquent la création d’un canal d’Ormuz pour contourner le problème. Cela prendrait des années. Ce n’est toutefois pas irréaliste. Au 17ème siècle, nous avons construit le canal du Midi d’environ 250 km pour éviter d’être coupé du commerce international en cas de fermeture du détroit de Gibraltar par les Espagnols (ce qui n’est finalement jamais arrivé).

Comment les banques centrales vont réagir à la hausse de l’inflation qui est déjà perceptible ? Le marché monétaire anticipe qu’elles vont augmenter drastiquement les taux, un peu comme en 2022, pour contrer les pressions inflationnistes qui se matérialisent dans les chaînes de production. En zone euro, trois hausses de taux sont prévues cette année. Toutefois, ce n’est pas certain que cela se produise.

Par le passé, les banques centrales ont eu tendance à ne pas sur-réagir aux chocs d’offre pétrolier. Par exemple, dans la foulée de la guerre du Golfe (1990-91), seule la Bundesbank, par crainte de replonger dans les errements des années 1920, avait augmenté son taux directeur. Une erreur à l’époque.

L’inflation va augmenter à court terme – en zone euro elle a rebondi à 2,5% sur un an en mars à cause de l’énergie. Mais ce ne sera certainement pas durable en l’absence de choc de demande et de boucle prix-salaire. En revanche, la croissance pourrait être impactée sur la durée par la crise à un moment délicat puisque le cycle du crédit montre des signes de tensions depuis fin 2025. Cela pourrait inciter les banques centrales à faire une pause de quelques mois avant de reprendre les baisses des taux. C’est d’ailleurs ce que plusieurs membres du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre ont laissé entendre la semaine passée.

À surveiller

La contamination des chaînes de production est le vrai sujet.Des pénuries sont en train d’apparaître. Airgas, filiale d’Air Liquide spécialisée dans l’hélium liquéfié qui est indispensable pour les semi-conducteurs, a annoncé à plusieurs clients l’impossibilité de leur fournir les quantités qu’ils ont commandées. Les hausses de prix commencent également. Le géant américain Dow Chemical vient de doubler sa hausse du prix du polyéthylène – le plastique le plus utilisé dans le monde – qui est passé de 0,15$ à 0,30$ la livre depuis le 1er avril. Enfin, la spéculation va bon train. Le pétrole (Brent et WTI) est la matière première la plus échangée au niveau mondial, juste devant l’or et l’argent coté à Shanghai. Cela doit vous inciter à la prudence si vous détenez des positions sur l’or noir. Les prix spot sont en partie décorrélées de la réalité du marché.

L’avez-vous lu

Une nouvelle étude de la Fed du 30 mars montre que la dynamique de l’inflation sous-jacente a évolué depuis la COVID dans les pays développés. Les prix sont plus volatils avec des variations supérieures à 3% plus fréquentes que par le passé. Pourquoi ? À cause des hausses de salaire.

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