Yanxiu Gu, gérante du fonds, ODDO BHF China Equity Stars, chez ODDO BHF AM
Après trois années de marché baissier, la Chine est, selon nous, redevenue intéressante pour les investisseurs. Le tournant s’est produit fin septembre 2024, lorsque Pékin a lancé un plan de relance massif, monétaire, fiscal et réglementaire, avec un accent sur le marché des actions. Et en 2025, le marché boursier chinois a enregistré une performance d’environ 28 % en monnaie locale et 13 % en euros à la fin décembre (source : indice MSCI China All shares). Donner la Source
La principale force derrière cette reprise selon nous, est l’amélioration de la liquidité et du sentiment à l’égard des actifs chinois. Selon l’analyse de Goldman Sachs, les hedge funds mondiaux, les fonds des marchés émergents et les fonds mondiaux hors États-Unis ont tous augmenté leur exposition à la Chine. Dans le même temps, les assureurs et les ménages nationaux ont réorienté leurs avoirs financiers vers les actions. Nous pensons que les flux entrants potentiels pourraient rester significatifs, car les ménages sont peu incités à épargner pour l’immobilier et les rendements du marché monétaire sont en baisse par rapport aux sommets atteints par le passé. Nous pensons que le gouvernement chinois pourrait être déterminé à développer les marchés financiers afin de restaurer la confiance locale, de compenser les pertes de richesse liées à la crise immobilière et de créer une richesse durable pour les ménages. Et selon nous, même si ce processus reste encore incertain, il ne fait que commencer.
Une année de renouveau et de réinvention
L’année 2025 a été particulièrement riche en événements pour la Chine, marquée par une vague d’innovations. Vous avez peut-être entendu parler du lancement, au début de l’année, de DeepSeek, un modèle linguistique développé en Chine. Il a fait la une des journaux du monde entier, non seulement parce qu’il témoigne de la sophistication technologique de la Chine, mais surtout parce qu’il révèle quelque chose de plus profond : la Chine innove, rapidement et à un coût bien inférieur à celui des géants technologiques américains. Longtemps considérée comme l’usine du monde, la Chine se positionne progressivement comme une puissance technologique majeure.
Et cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il y a vingt ans, la Chine était pratiquement invisible dans les classements mondiaux en matière d’innovation. Aujourd’hui, elle est en tête dans 57 des 64 technologies clés, de la défense et l’intelligence artificielle à la biotechnologie et l’informatique quantique (source : Australian Strategic Policy Institute).
Pensez aux drones dans le monde : 70 % d’entre eux sont fabriqués par DJI à Shenzhen (source : New York Times). Vous avez probablement aussi entendu parler des voitures électriques chinoises à recharge ultra-rapide ou vu les robots humanoïdes dansants. Saviez-vous que la Chine est devenue un supermarché pour les entreprises pharmaceutiques mondiales confrontées à des pressions budgétaires dans le domaine de la santé et à l’expiration de brevets ? En valeur, au premier semestre 2025, environ un tiers des médicaments innovants dans le monde ont été commercialisés sous licence par des entreprises biotechnologiques ou biopharmaceutiques chinoises, contre un pourcentage à un chiffre il y a seulement trois ans, selon l’analyse du courtier international Jefferies.
Une consommation chinoise vigoureuse malgré la pression déflationniste
Il est vrai que la consommation a mis plus de temps à se redresser : l’inflation reste proche de zéro et les pressions déflationnistes persistent. Mais en y regardant de plus près, on constate des tendances de consommation étonnantes : de longues files d’attente devant les boutiques de luxe locales de Laopu Gold, des thés aux perles de Mixue ou Chagee dans les mains des jeunes Chinois, qui remplacent le café Starbucks dans les grandes villes comme les plus petites. Les étrangers envahissent les destinations populaires en Chine depuis que le gouvernement chinois a supprimé ou simplifié les exigences en matière de visa pour 55 pays. Et sur la scène internationale, les marques de mode de vie chinoises et les produits de la culture pop tels que le jouet à la mode Labubu ont attiré l’attention du monde entier, tous âges confondus. (ndlr : Les exemples d’entreprises ne constituent pas des recommandations d’achat d’actions).
Renouvellement des attitudes du gouvernement
En 2025, les investisseurs ont également perçu des signaux encourageants de la part de Pékin. Le moment le plus symbolique est la poignée de main entre le fondateur d’Alibaba, Jack Ma, et le président Xi Jinping. Plus qu’une simple photo, elle a marqué une amélioration importante des relations entre le gouvernement et les entrepreneurs, ainsi qu’un soutien renouvelé au secteur privé.
Au-delà du symbolisme, le gouvernement s’attaque à des problèmes structurels plus profonds. En juillet, la politique « anti-concurrence excessive » a été introduite, visant à freiner la concurrence excessive et à empêcher les entreprises de rechercher la croissance au détriment de la rentabilité. Il s’agit d’une politique que les investisseurs attendaient depuis longtemps : une voie vers des rendements plus sains pour les entreprises et des fondamentaux plus solides, même si cela ne supprime pas les risques qui subsistent sur le marché actions chinois.
Naviguer dans la géopolitique
Bien sûr, aucun récit sur la Chine en 2025 ne serait complet sans évoquer la géopolitique. Le « spectacle tarifaire » lancé par Donald Trump en avril a créé l’un des creux du marché de l’année, suivi d’un autre lorsque la Chine a annoncé des contrôles sur les exportations de terres rares. Pourtant, le marché chinois est rapidement sorti du creux.
Les récentes discussions entre Trump et Xi se sont terminées sur une note constructive en Corée du Sud, les deux pays ayant pris conscience que la Chine détenait une carte stratégique, un levier puissant à jouer, à savoir les terres rares, sachant que la Chine contrôle 90 % de la capacité de raffinage des terres rares et qu’il faudrait 10 ans aux États-Unis pour se passer de la Chine.
Un écart de valorisation, pas un piège
Pendant des années, les entreprises chinoises ont été cotées à des multiples de valorisation souvent inférieurs à ceux de leurs pairs mondiaux, en partie parce que les investisseurs mondiaux doutaient de leur capacité à innover ou à générer des profits importants. Mais cette perception désormais de plus en plus remise en question.
Certes, les marges des entreprises chinoises restent légèrement inférieures à celles des entreprises américaines (moins de 10 %), mais elles se négocient toujours avec une décote d’environ 40 %. Sur la base du rendement des flux de trésorerie disponibles, les actions chinoises offrent désormais des rendements supérieurs (source : estimations Bloomberg). Ce décalage entre la valeur intrinsèque et le prix du marché représente selon nos analyses, une opportunité intéressante pour les investisseurs à long terme.
Notre expertise interne
Pour réussir à naviguer sur ce marché volatil, il est important de comprendre les tendances à long terme en Chine. Seuls les thèmes à long terme peuvent générer de la valeur à long terme. Selon nous, la Chine est en train de passer d’un modèle économique basé sur la main-d’œuvre à un modèle axé sur la technologie, tout en renforçant son autosuffisance énergétique dans le cadre de la course à la technologie. Le vieillissement de la population représente à la fois un défi considérable et potentiellement, de grandes opportunités pour de nouvelles tendances de consommation. Surtout, les entreprises chinoises sont de plus en plus compétitives sur le marché mondial : certaines sont déjà des leaders mondiaux dotés de capacités de production, de chaînes d’approvisionnement et de R&D à l’échelle internationale.
Au-delà des « Magnificent Seven » américains, qui sont déjà très prisés et valorisés, les investisseurs européens devraient se tourner vers l’Est. La Chine peut offrir une diversification, un potentiel de croissance à long terme et une exposition à des thèmes structurels clés, mais tout investissement sur ce marché comporte des risques spécifiques (notamment risques de marché, sectoriels, réglementaires, de liquidité, de change et liés aux marchés émergents) qui doivent être examinés avec attention avec un conseiller financier.







