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Pierre Pincemaille, Secrétaire général de la Gestion DNCA Investments

Les taux d’emprunt des obligations d’États ne sont pas les seuls à atteindre des sommets. En effet, le métal rouge a dépassé récemment ses points hauts de janvier, au-delà de 14 000 $ la tonne. Le cuivre, que les investisseurs anglo-saxons surnomment doctor copper, en raison de sa capacité à prendre le pouls de l’économie, a naturellement réagi aux dernières publications des PMI** ainsi qu’à l’annonce de stimulus chinois. Mais au-delà de ces effets conjoncturels, ce métal est aussi au cœur des guerres commerciales et technologiques auxquelles nous assistons. Dans ces conditions, une analyse plus fine des dynamiques de long terme semble nécessaire.

Il est désormais globalement admis que le cuivre se trouve au croisement de plusieurs changements de régime : énergétique, technologique et géopolitique. Si les transitions énergétique et géopolitique ont été renforcées par le conflit au Moyen-Orient et la flambée du prix des hydrocarbures, les effets bénéfiques de l’émergence de l’IA ont été soudainement remis en cause par l’appel à la modération venu du patron d’Anthropic.

Pour rappel, sur 100 $ de capex IA ,15 $ sont dirigés vers les équipements de réseau et 20 $ vont dans l’énergie au sens large. Sans surprise, ces deux segments sont très gourmands en cuivre pour ses excellentes propriétés de conducteur électrique. Un ralentissement des investissements en capital aurait donc pour effet de modifier l’équilibre offre-demande à moyen terme. Mais l’analyse des engagements hors bilan des hyperscalers rend ce scénario peu probable : ces sept acteurs majeurs de la tech américaine ont signé des baux pour centres de données à hauteur de 900 milliards de dollars. Si on ajoute à cela le succès fulgurant de l’agent personnel Muse de Meta, l’intensité compétitive reste bien présente dans le secteur et ne plaide pas en faveur d’un ralentissement.

Face à cette tendance de fond, la dynamique d’offre reste désespérément inchangée en raison de facteurs principalement structurels comme la baisse de la teneur en minerais, les difficultés réglementaires ou environnementales et l’inflation des coûts d’investissement***. Dans le détail, l’analyse des chiffres de production des principales sociétés minières, représentant deux tiers de l’offre globale de minerai, montre un recul de 3,5 % de celle-ci au premier semestre 2026 (vs. S1 2025). Par zone, c’est le Chili qui montre le plus de difficulté à produire avec un recul de 6 % sur la même période et même 7 % si on ajoute un mois de juillet impacté par de nombreuses intempéries. Comme si cela ne suffisait pas, le marché du cuivre recyclé montre lui aussi des signes de faiblesse : la production de fil de cuivre secondaire s’est contractée de 50 % sur un an !

L’aspect géopolitique a pris une nouvelle tournure depuis que l’administration américaine a annoncé réfléchir à la mise en place de barrières douanières sur le cuivre raffiné dans le cadre de la section 232. La réaction des opérateurs de marché ne s’est pas fait attendre avec un déplacement massif de stocks en provenance des entrepôts londoniens du LME****, qui est la place principale de cotation du cuivre, vers le Comex américain. À tel point que les inventaires ont vu leur niveau passer de 200kt en juillet 2025 à approximativement 700kt actuellement, provoquant une divergence de prix entre les deux bourses.

On peut légitimement s’interroger quant à l’efficacité d’une telle mesure : au regard des délais de production*****, elle ne permettrait pas d’accroître la production minière américaine à court terme. Ainsi, un deal d’approvisionnement avec un pays allié aurait plus d’impact. Si la rationalité reste de mise, l’absence de droits de douane ou la mise en place d’exemptions devrait primer. Si un de ces scénarios se met en place, alors une partie des stocks opéreront un demi-tour et le prix du cuivre sur le LME sera mécaniquement impacté.

Mais au-delà de la volatilité de court terme, c’est le message sous-jacent qui doit être retenu par les investisseurs :  les États-Unis considèrent, à juste titre, le cuivre comme critique et souhaitent dans ce cadre renforcer la sécurité de son approvisionnement au détriment de la logique d’optimisation des coûts.  Cet aspect stratégique lui confère une valeur nouvelle, au-delà des aspects purement économiques de déficit offre-demande, et justifie pleinement sa présence au sein d’un portefeuille diversifié…

*All time high ;

**Purchasing Managers Index, indice des directeurs d’achat à 53,1 en zone euro et 58,4 aux États-Unis au mois de septembre ;

***2,5x lors des 15 dernières années

****London Metal Exchange ;

*****15 ans entre le lancement d’un projet et sa mise en service.

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