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Durant la décennie écoulée, Shelter IM s’est petit à petit fait une place dans le paysage belge des fonds de placement, avec des encours qui approchent désormais 1,5 milliard d’euros.

Shelter Investment Management est un acteur encore relativement peu connu dans le paysage financier belgo-luxembourgeois. Le gestionnaire a été crée en 2015 par Benedict Peeters, un vétéran du monde financier qui avait occupé diverses fonctions chez des acteurs majeurs tels que KBC Securities, Deutsche Bank ou encore Morgan Stanley. Il a été rapidement rejoint par Tim Vanvaerenbergh (CEO du groupe), que nous avons récemment eu l’occasion d’interviewer.

Création et licences

« Je suis ingénieur civil de formation. Après un début de carrière chez Philips, j’ai évolué vers les fonctions dirigeantes après une formation à la Solvay Brussels School », se rappelle Tim Vanvaerenbergh. « C’est au cours de cette formation que j’ai commencé à me passionner pour la finance et la modélisation mathématique ». À titre privé, il gérait à l’époque les portefeuilles de quelques membres de sa famille. Il rejoint Shelter IM en 2016.

Dans un premier temps, la structure de Shelter IM s’est progressivement mise en place avec l’obtention de l’ensemble des licences délivrées par la CSSF (Commission de Surveillance du Secteur Financier) permettant au groupe d’opérer depuis le Luxembourg : la licence de gestionnaire d’actifs pour la gestion discrétionnaire de portefeuilles et de fonds, la licence AIFM dédiée aux fonds alternatifs, et la licence de Management Company (ManCo). « Cette dernière suscite de plus en plus d’intérêt et représente une part importante de notre activité : elle nous permet de concevoir et d’administrer des fonds aux niveaux juridiques et administratifs, tout en ayant la possibilité de déléguer la gestion financière vers des tiers ».

Croissance organique

« Notre équipe compte aujourd’hui près d’une vingtaine de collaborateurs, avec des encours de 1,3 milliards d’euros », dont 450 millions d’euros dans l’activité ManCo, en forte croissance. Les actifs alternatifs (fonds private equity et immobilier direct) constituent une portion plus modeste (55 millions d’euros). « Le reste des encours relève de la gestion sous mandat, tant sur des comptes bancaires que dans des contrats d’assurance-vie, ces derniers sous forme de fonds dédiés et de fonds collectifs », indique Tim Vanvaerenbergh. « Nous devrions être en mesure d’atteindre des encours de 1,5 milliards d’euros d’ici la fin 2026 grâce à l’extension de notre activité ManCo à un grand fonds belge dont nous reprenons la gestion ».

La croissance des encours de Shelter IM est restée jusqu’ici entièrement organique. « Nous sommes indépendants, de sorte que notre trajectoire de croissance est principalement guidée par notre pragmatisme entrepreneurial. Nous n’avons pas d’objectifs rigides à atteindre absolument. Si nous avons du cash dans la société, nous réinvestissons ».

Pour les prochains trimestres, l’activité de Shelter IM devrait rester soutenue par le développement des activités de ManCo, avec également le lancement prévu de deux nouveaux fonds alternatifs (un deuxième fonds de private equity d’ici fin 2026 et d’un troisième fonds immobilier en direct au début de l’année prochaine). « Nous allons également renforcer notre présence chez les fonds de pensions belges, en leur offrant non seulement la gestion, mais surtout la structure : nous agissons comme ManCo de leurs fonds, dans une architecture réellement ouverte ».

Architecture ouverte

Selon Tim Vanvaerenbergh, l’architecture ouverte constitue d’ailleurs « la valeur cardinale » de Shelter IM, garante d’une indépendance absolue par rapport aux banques et aux autres gestionnaires d’actifs. « Nous n’imposons pas à nos clients d’utiliser nos propres produits, et nous sélectionnons pour eux en toute indépendance les meilleurs produits disponibles au niveau mondial ».

Alors que le gestionnaire n’utilisait au début que des fonds actifs, la gamme d’instruments s’est depuis élargie vers les produits indiciels. Une évolution qui s’explique par l’avantage en termes de coûts dont disposent les trackers sur certains marchés. « Il n’existe quasiment plus un seul fonds actif sur l’indice S&P500 qui parvienne à surperformer les fonds indiciels. A l’heure actuelle, le cœur de nos portefeuilles est constitué de produits indiciels qui permettent d’obtenir rapidement une large diversification des portefeuilles au niveau mondial. Nous utilisons ensuite des fonds actifs ou des trackers sectoriels pour s’exposer sur des sources de performance très spécifiques ».

Pas des génies

Tim Vanvaerenbergh se montre par contre plus prudent sur des innovations récentes comme les ETFs actifs ou les fonds semi-liquides (ELTIF) qui se proposent de démocratiser l’accès au private equity. « Nous restons prudents lorsque de nouveaux produits sont lancés sur le marché, car ce sont parfois de simples démarches commerciales visant à garder des commissions plus élevées ».

Shelter IM a également fait le choix d’internaliser son développement informatique, et de ne pas démarcher directement ses clients. « Nous appliquons un modèle strict Business to Business to Consumer (B2B2C), en travaillant exclusivement au travers d’intermédiaires financiers professionnels (courtiers en assurance, family offices, etc). Notre métier n’est pas de proposer des services de banque privée en direct, mais de gérer des fonds et des mandats, et de démocratiser des solutions en architecture ouverte ». Le groupe s’appuie sur un réseau d’une cinquantaine d’intermédiaires réguliers, pour lesquels Shelter gère une multitude de portefeuilles et de véhicules dédiés. « Nous ne sommes clairement pas dépendant d’un seul gros client ou partenaire ».

« Même si nos fonds UCITS affichent des performances excellentes, il est plus important d’avoir une bonne régularité et de bien maîtriser les risques pris dans le portefeuille », conclut Tim Vanvaerenbergh. « J’aime à dire qu’il ne faut pas venir chez nous en espérant décrocher la lune : ceux qui visent des rendements très élevés finissent aussi par tomber de très haut. Nous ne cherchons pas le couple rendement/risque extrême, mais une gestion prudente et correcte, indépendante, professionnelle et à des frais attractifs. Ne nous présentez surtout pas comme des génies de la finance qui rendent l’impossible possible ».

Frédéric Lejoint

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