Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis concentraient près des deux tiers des réserves officielles d’or de la planète et représentaient la moitié de la production manufacturière mondiale. Cette combinaison, puissance industrielle et accumulation massive d’or, a contribué à poser les fondations du nouvel ordre monétaire international dominé par Washington et le dollar.
Près de 80 ans plus tard, les lignes sont en train de bouger.
La Chine représente désormais 30 % de la production manufacturière mondiale, loin devant les États-Unis. Parallèlement, elle accumule de l’or et cherche progressivement à réduire sa dépendance aux infrastructures financières occidentales. D’où sa décision, début août, de transférer une partie de son or jusqu’ici conservé à Londres vers Hong Kong, qui occupe une place croissante sur le marché du métal précieux.
Cette stratégie s’inscrit dans une transformation financière plus large en Asie. Plusieurs pays développent des infrastructures permettant de régler directement certaines transactions internationales sans passer par les circuits traditionnels dominés par le dollar. C’est notamment le cas de mBridge, une plateforme de paiements transfrontaliers fondée sur les monnaies numériques de banque centrale, à laquelle participent notamment la Chine, Hong Kong, la Thaïlande, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. L’objectif est de permettre des règlements internationaux plus directs entre les pays participants.
Dans ce nouvel écosystème, l’or pourrait jouer un rôle croissant comme actif de réserve, permettant de recycler les excédents commerciaux sans nécessairement passer par le dollar et le système financier occidental.
Attention, cela ne signifie pas que le billet vert est sur le point de perdre son statut de première monnaie de réserve mondiale. Simplement, il pourrait devenir moins indispensable à l’avenir…
Géopolitique : le prochain point chaud à surveiller
Ces derniers mois, les incursions de drones se sont multipliées aux abords, voire à l’intérieur, de l’espace aérien de l’OTAN. Une inquiétude gagne désormais les services de renseignement occidentaux : la Russie pourrait être tentée de tester la cohésion de l’Alliance par une action limitée et suffisamment ambiguë pour compliquer toute réponse collective.
Quel objectif ? Certains évoquent la Pologne, d’autres les pays baltes. Daugavpils, en Lettonie, pourrait être la cible idéale selon nous. Proche des frontières russe et biélorusse, la ville est très majoritairement russophone, offrant à Moscou un terrain propice aux provocations et aux opérations hybrides.
L’avez-vous lu ?
L’Inde vient de mettre un sérieux coup de frein au projet de « monnaie des BRICS ».
Alors que New Delhi préside les BRICS en 2026, le gouvernement indien a déclaré vendredi 7 août qu’il ne soutenait pas la création d’une monnaie commune destinée à concurrencer le dollar.
C’est intéressant car cela montre les limites politiques de la dédollarisation : commercer davantage en monnaies nationales, oui ; créer un véritable rival au dollar, beaucoup moins.







