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Pierre Pincemaille, Secrétaire général de la Gestion DNCA Investments

À n’en pas douter, les directions des grandes banques européennes vont passer des vacances studieuses. Alors que la baisse du prix du baril laisse présager une plus faible probabilité de remontée du coût du risque, deux autres matières vont constituer la majorité de leurs devoirs de vacances : la consolidation et l’intelligence artificielle. La première a pris une tournure inattendue récemment tant au niveau national qu’européen. Quant à la seconde, elle va probablement être un accélérateur de la réduction des coûts, mais dans le même temps une potentielle menace pour certains métiers.

La nouvelle saison de la consolidation transalpine a débuté le 7 juin, date à laquelle la banque italienne Banco BPM a invité sa consœur Monte dei Paschi di Siena à étudier « une fusion entre égaux » pour créer un nouveau champion national aux côtés d’UniCredit et d’Intesa. Cette soudaine envie de mariage a provoqué une réaction immédiate de la part d’Intesa qui s’est associée à Unipol pour lancer une offre sur Banca Monte dei Paschi di Siena pour la coquette somme de 30,6 milliards d’euros. L’objectif affiché est de la démembrer pour ne conserver que la banque de gros (ex-Mediobanca) ainsi qu’une précieuse participation dans Generali (13 % du capital), quand Unipol conserverait la banque de détail (ex-BMPS).

Comme si l’affaire n’était pas assez délicate à gérer pour le gouvernement italien, il faut rappeler que le premier actionnaire de Banco BPM n’est autre que Crédit Agricole, qui n’a pas l’intention de se laisser marginaliser sans réagir. Le groupe a d’ailleurs annoncé tout récemment avoir renforcé sa participation à 29,3 % à la suite d’achats sur le marché, ce qui le place juste en dessous de la barre des 30 % l’obligeant à lancer une offre d’achat sur la totalité du capital.

La route semble moins sinueuse pour UniCredit et sa proie Commerzbank. Dans une logique de « consolidation inévitable », pour reprendre les propos de son patron, la banque italienne a annoncé le 8 juillet que 17,6 % du capital a déjà été apporté dans le cadre de l’OPE*. Si l’on ajoute à cette participation les 29,99 % déjà détenus dans Commerzbank (de manière directe et indirecte), l’établissement bancaire dirigé par Andréa Orcel détiendra plus de 47 % des droits de vote. Et avec un taux de participation à l’assemblée générale de 58 % en moyenne lors des cinq dernières années, UniCredit devrait théoriquement détenir la majorité des voix présentes lors de la prochaine assemblée. Cela pourrait ouvrir la voie à une prise de contrôle du conseil de surveillance, qui nommerait en toute logique un nouveau directoire.

Sans surprise, le gouvernement allemand est vent debout face à ce qu’il considère être une initiative agressive. Mais c’est au niveau européen que les choses se joueront au moment où la Commission veut inciter à la création d’acteurs de taille significative pour rivaliser au niveau global. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’elle va réviser les règles de fusion entre acteurs du même secteur.

Si le thème de la consolidation n’occupe qu’une partie des acteurs européens, celui de l’intelligence artificielle est un sujet qui les concerne tous.  Alors que dans un premier temps, l’IA était vue par les investisseurs comme un formidable outil de réduction des coûts, les choses doivent être nuancées, comme le démontre la dernière étude du courtier Morgan Stanley. Leurs analystes considèrent qu’au moins 10 % du personnel de l’industrie bancaire européenne pourrait être « remplacé » par la productivité induite par l’IA lors des cinq prochaines années. Et cette tendance serait facilitée par la pyramide des âges, limitant le besoin de restructuration massive et in fine le risque d’exécution.

Mais la courbe d’apprentissage risque de ne pas être linéaire si l’on en croit les retours d’expérience des grandes banques qui craignent une explosion des coûts associés à la consommation des fameux tokens**. C’est pour éviter cet écueil que BBVA et Crédit Agricole ont annoncé la création d’entités dédiées dont le rôle sera de fournir des services d’IA aux différents métiers.

Et comme l’IA s’immisce partout, se pose aussi la question du risque associé à cette révolution technologique. Le risque cyber (et les coûts associés) est peut-être le premier qui vient à l’esprit quand on écoute le patron d’Anthropic. Mais plus spécifiquement, l’émergence d’agents optimisateurs de dépôts peut se révéler être un autre caillou dans la chaussure du secteur, provoquant une pression sur le résultat net d’intérêts difficile à mesurer. À ce titre, il sera intéressant de suivre les réflexions du patron de la Société Générale qui présentera à la rentrée son nouveau plan stratégique.

En attendant cet événement, force est de constater que la production de crédits en zone euro fait mieux que résister aux tensions géopolitiques : selon les derniers chiffres de la BCE, les volumes de prêts sont en légère accélération par rapport au mois précédent (+3,5 % en mai), grâce au dynamisme du segment entreprise (+4 %). Quand on sait que cette activité a un poids significatif dans le mix d’activité des acteurs européens, c’est de bon augure pour la saison de résultats trimestriels à venir.

La remontée de l’appétit pour le risque, corrélée à la baisse du prix du baril, a permis au secteur bancaire européen de rebondir significativement depuis le plus bas du mois de mars***, pour se retrouver dans le peloton de tête des performances sectorielles européennes depuis le début de l’année. À la suite de ce rebond, le secteur traite désormais en ligne avec sa moyenne de long terme pour le ratio cours sur bénéfice (10x 2027).

Malgré ce rattrapage, deux arguments devraient inciter les investisseurs à rechercher de nouvelles opportunités au sein de ce secteur : la valorisation relative avec une décote supérieure à la moyenne historique (30 % versus 25 % en PE relatif) et surtout le retour à l’actionnaire très généreux de 8% (dividendes et rachats d’actions) au moment où d’autres pans de la cote réallouent massivement leurs flux de trésorerie vers des investissements dont la rentabilité est difficile à modéliser…

*Offre publique d’échange ;

** jetons, le plus petit ensemble du prompt que le modèle lit ;

*** + 24 % au 30/06 pour l’indice SX7P.

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