Laurent Denize, Co-directeur des investissements chez ODDO BHF.
« Une nouvelle crise de l’euro ne peut être exclue compte tenu des défis budgétaires de long terme auxquels fait face un membre majeur de la zone euro comme la France. Elle est toutefois loin d’être inévitable. »
Vous souvenez-vous de la crise de l’euro ? Cette période a été marquée par l’organisation en urgence de sommets de crise, de plans de sauvetage de dernière minute et des spéculations sur un possible éclatement de l’Union européenne. Finalement, la zone euro a été stabilisée et la coopération économique en est même sortie renforcée. Alors que les taux obligataires augmentent dans le monde entier, le souvenir de cette crise refait surface. Cependant cette fois, l’attention ne se porte pas sur un pays périphérique, mais sur la France, l’une des principales économies de la zone euro. Début octobre, l’écart de taux entre les obligations d’État françaises et les Bunds allemands a dépassé 140 points de base, un niveau inédit depuis la crise de l’euro. Cette évolution s’explique par les inquiétudes concernant la discipline budgétaire de la France et par la crainte qu’une hausse des taux ne durcisse sensiblement les conditions de financement dans l’ensemble de la zone euro. En conséquence, l’euro a récemment subi des pressions.
Une situation de départ difficile pour la France
Les tensions sur les marchés obligataires mondiaux interviennent alors que la France traverse une période particulièrement délicate au plan budgétaire et politique. Des fragilités structurelles alimentent la hausse des écarts de rendement. Comparée à
l’Allemagne, le dynamisme de l’économie française s’essouffle quand, au même moment, le budget de l’État reste fortement déficitaire. Depuis plusieurs décennies, les dépenses publiques françaises dépassent les recettes. Le gouvernement prévoit que la dette publique atteindra 121,7 % du produit intérieur brut l’an prochain. La France est déjà le pays le plus endetté de l’Union européenne.
Budget et élections présidentielles : un calendrier étroitement scruté par les marchés
Pour les investisseurs, la première question est de savoir si le gouvernement parviendra à faire adopter un budget. Le projet pour 2027 prévoit 43 milliards d’euros d’économies. Grâce à ce programme d’austérité, le gouvernement entend réduire le déficit budgétaire de 5,4 % et rétablir la confiance des marchés financiers. Toutefois, l’adoption d’un tel budget constitue un défi, le gouvernement ne disposant plus de majorité propre au Parlement depuis les élections anticipées de 2024. S’il parvient à obtenir une majorité grâce au soutien de certains partis d’opposition, cela pourrait apaiser les marchés à court terme et réduire les écarts de rendement.







